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 I am the girl your parents warned you about } SPENCER

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Nola Davis-Potter

desert rose ❀


Messages : 851
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MessageSujet: I am the girl your parents warned you about } SPENCER   Sam 17 Déc 2011, 18:41

« toi tu rentres plus dans les bars, t'es partie dans la fumée »
— S. Gainsbourg


NOM ✒ Clayton-Fitzpatrick
PRÉNOM ✒ Jeanne Sally Spencer
DATE & LIEU DE NAISSANCE ✒ 02 Avril 2080, Liverpool (UK)
NATIONALITÉ ✒ Britannique
SIGNES PARTICULIERS ✒ Ambidextre ; possède un tatouage à la cheville ; parle le langage des sourds-muets.


Personnalité choisie ✒ Kathryn Prescott
Groupe ✒ Rebelles ; Toxicos
Poste vacant, scénario, inventé ✒ Inventé
Crédits (avatars, signatures) ✒ Anne+Nana & Nina (avatars) - Tumblr (signatures)
Code du règlement ✒



« LIFE IS A BITCH UNTIL YOU DE »

(stupid girls - pink)



Elle fait rouler la cigarette entre ses doigts fébriles, un sourire nerveux s'empare de ses lèvres. Le bout rougeoie, elle inspire la fumée, respire. Elle évite soigneusement le regard de l'autre, à côté, se concentre sur la nicotine qu'elle inhale inlassablement. Elle passe sa langue sur ses lèvres, tousse un peu, ferme les yeux. Sa voix est rauque et enrouée, mais elle s'en tape carrément.
« Je m'appelle... non, laisse tomber, on s'en tape. J'suis pas là pour t'faire la conversation de toute façon. » L'infirmier ne dit rien. Il l'agace, son uniforme blanc lui fait mal aux yeux. Avec son espèce de sourire compréhensif à la con, bordel de merde, il la ferait sortir de ses gonds. « Putain, tu veux me rendre dingue? Arrête ça, connard, vire moi ce sourire de merde de ton visage là ! Allez, putain ! Arrête de sourire ! ARRÊTE DE SOURIRE ! » Il fronce les sourcils, elle lui tourne le dos, refoule ses larmes. Passe une main dans ses cheveux rouges mal coupés, jette sa cigarette par terre et l'écrase avec son talon, pendant de longues secondes, histoire qu'elle agonise bien. Histoire qu'elle soit piétinée et méprisée. Comme elle. Comme elle.

Elle a été reconduite dans sa cellule, elle s'allonge sur son lit. Les murs sont froids, les murs sont gris, les murs sont impersonnels. Le matelas est dur, la pièce est dénudée. Ce n'est pas un endroit où on a envie de rester, mais elle, elle s'y sent bien. Ce trou à rats lui ressemble, il est vide et déserté. Avec amertume, elle pense qu'elle pourrait finir sa vie ici. Mais c'est de l'ironie, cette fille ironise toujours trop. « J'veux fumer. » Elle se relève, frappe à la porte en métal. « Oh! Y'a quelqu'un? J'veux fumer. » Le gardien se retourne - c'est un black baraqué avec de grands yeux noirs. Les premiers jours, il lui foutait la trouille. Maintenant, elle le trouve cool. Mais aujourd'hui, il l'emmerde. « Non. » « Alleeez Derek. S'il vous plaît. Et j'vous jure que j'insulterai personne jusqu'à d'main. » Elle vérifie l'heure à l'horloge murale, vingt heures deux. « Non. » Ils ont tous décidé de la faire chier ou quoi? Elle secoue les barreaux de la porte, se met à gueuler dans le couloir. « J'veux fumeeeeeer putain, j'veux une clooooope. Allez, merde ! Oh putain, bande d'enflures, allez tous crever ! » Elle donne un coup de poing dans le mur, le plâtre s'effrite sous la puissance du coup, et Derek-le-gardien-black la regarde d'un mauvais oeil. Elle, elle s'en tape. Elle se rejette sur son lit, enfouit sa tête dans le maigre oreiller. Gémit. Derek se retourne, ça y est, la gamine a finit par la boucler. Ah, la salope. Elle lui en fait voir de toutes les couleurs, Spencer.

Spencer s'appelle Jeanne, elle n'a pas les cheveux rouges à la base, plutôt d'un brun quelconque. Officiellement, elle est pensionnaire dans un centre médico-psycho-pédagogique. Elle, elle dit simplement qu'on l'a foutue dans un asile psychiatrique après un séjour infructueux en maison de correction. Jeanne préfère qu'on l'appelle Spencer, fume beaucoup de cigarettes et a un fort accent anglais qu'elle ne cherche même pas à dissimuler.

Spencer est ce qu'on appelle, en langage politiquement correct, une « adolescente au comportement difficile ». C'est un doux euphémisme pour ne pas l'affubler des termes qu'elle pense mériter. Droguée. Voleuse. Menteuse. Criminelle. Violente. Anarchique. Dépressive. Névrosée. Désespérée. Souffrante. Hystérique. Et la liste est longue...

Le lendemain, l'infirmier est revenu la chercher. Comme tous les jours depuis six mois. Ou peut-être plus? Spencer a arrêté de compter après la première semaine. Il l'emmène dans le parc qui borde le centre, ils s'assoient sur le troisième banc à l'ombre des peupliers, lui à gauche et elle à droite. Il lui tend une cigarette déjà allumée dont elle s'empare sans un mot, et elle fume. Ils ne se regardent presque jamais, et ne se sont jamais parlé. Elle sait qu'il ignore son nom - et elle ignore le sien. Il ignore tout de sa vie, en fait, il est là pour qu'elle parle. Son dossier est bien au chaud dans le bureau du dirlo, personne n'y a accès. Sur sa cellule, une simple étiquette est collée: Jeanne Clayton-Fitzpatrick. Spencer a réussi à dérober un feutre noir et a rectifié l'erreur. La pensionnaire de la cellule 1106 s'appelle désormais Spencer Fitzpatrick, mais l'encre a un peu bavé. Mais ça, il n'y a qu'elle et les gardiens qui peuvent le savoir, car eux seuls ont accès aux cellules des pensionnaires. Secret médical. Soi disant.
L'infirmier n'est pas vraiment un infirmier, en fait. Une sorte de psychologue, plutôt. Un truc dans le genre. Si Spencer ne faisait pas preuve de tant de mauvaise foi, elle pourrait reconnaître que son infirmier est plutôt sympa. Et mignon. Mais Spencer n'a que ça à revendre, de la mauvaise foi, alors elle n'est pas prête à dire quoique ce soit de gentil sur l'infirmier. Ou sur n'importe qui. « Je veux sortir d'ici. » Des fois, Spencer lui parle. Avec sa voix éraillée et son accent british, elle décroche quelques mots. Généralement, ça se borne à son envie de fumer, son envie de se casser ou alors, à quelques insultes plus ou moins hurlées à pleins poumons. Mais aujourd'hui, Spencer parle d'une voix douce. Son agressivité est retombée. « Je sais que je dis ça tous les jours, mais cette fois-ci, ce ne sont pas que des paroles. Je veux... je veux tellement m'en aller. J'en ai marre de tourner en rond, de faire tous les jours la même chose. De bouffer la même merde du matin au soir, de ne fumer que les clopes que tu me donnes, de ne parler qu'aux mêmes gens - à savoir toi, l'infirmier-sans-nom et Derek-le-gardien-black, de ne voir que les mêmes paysages, à savoir le parc et le mur moche de ma cellule. C'est normal, non? » Elle soupire, tousse un peu. « Sinon, tu peux m'appeler Spencer si t'en as envie. » Elle comprendrait très bien qu'il n'ai pas envie de l'appeler, après tout, elle n'est pas sa seule patiente (à moins que?) et elle est loin d'être la fille avec laquelle on a le plus envie de faire connaissance. Sauf quand elle est ivre, là, elle est à peu près abordable. « Enchanté, mademoiselle Spencer. » Elle se fige, se mord la lèvre pour ne pas sourire. Puis, elle tourne la tête et le regarde - elle en oublie même de fumer. « C'est la première fois de toute ma vie qu'on m'appelle mademoiselle. Mademoiselle Spencer. » Elle est surprise, agréablement. Alors, elle rit. Un rire frais et éclatant, un rire qu'on aurait bien envie d'entendre tout le temps, mais qui ne se manifeste plus qu'à de rares occasions. Spencer finit par s'arrêter, brusquement. « J'dois faire quoi pour sortir d'ici? » « Parler. Me dire pourquoi vous avez atterri là. Ce que vous espérez de ce centre. » Spencer soupire. « C'est dur de se confier. C'est quelque chose que je n'ai jamais fait. » « Comme la plupart des patients de cet établissement. » « Il n'y a pas d'autre moyen ? » « ... » « S'il y en a un, j'en ai besoin. Je ne peux pas déballer ma vie en claquant des doigts. Mais je veux partir. J'ai besoin de retrouver ma liberté. » « Mademoiselle Spencer, je suis désolé, il n'y a pas d'autre moyen. » « Mais c'est quoi cet endroit? Parler, parler, ça ne m'avancera à rien, ils n'ont qu'à lire mon dossier! » Elle se lève, les yeux brillants de rage. « La direction considère qu'en parlant, vous acceptez plus ou moins pourquoi vous êtes là. Ensuite, le traitement commencera, et vous serez transférée dans le bâtiment de cure. Pour débuter la vraie psychiatrie. » « Allez vous faire foutre. » Elle est redevenue calme, calme mais lasse. C'est donc un cercle vicieux, une errance sans fin?

Ce soir, Spencer ne pense à rien. Elle n'a rien mangé, elle se sent vide et impuissante. Pitoyable. Elle remonte dans sa cellule, s'allonge sur son lit et pleure. Elle pleure, parce-qu'elle ne peut rien faire d'autre. Et puis, lui vient une idée. Lentement, elle se dirige vers la petite salle de bains qui jouxte sa chambre. Derek ne cille pas, il a l'habitude. Et puis, il n'est là que pour la retenir si elle essaie de s'enfuir. Pas pour lui aboyer dessus dès qu'elle tourne le dos. Mais Derek ne connaît pas Spencer, il ne sait pas ce qui se trame dans sa tête d'adolescente bouleversée, déchirée, abandonnée. Il ne sait pas qu'elle bloque la porte de l'exigu cabinet en s'asseyant contre elle. Il entend à peine les éclats de verre brisés, ça ne l'alerte pas. Et puis, il faut dire qu'elle a pris beaucoup de soin à ne pas faire trop de bruit. Du coup, Derek ignore que Spencer tient dans ses mains des éclats de miroir. Et il est à des lieues de se douter qu'elle s'entaille les veines, avec.
Parce-que personne ne sait que Spencer est en train de faire une tentative de suicide;
Après dix longues minutes silencieuses, le gardien a finalement réagi. Il n'a pas eu de mal à ouvrir la porte puisque la jeune fille était déjà inconsciente, baignant dans son sang, les bras lacérés et les éclats de verre dispersés. Ensuite, tout va très vite. Alerte du personnel médical, appel d'une ambulance, transfert dans l'hôpital le plus proche, admission aux urgences, examens, mise sous perfusions, don de sang. Repos. Et on repart pour un autre patient.



(like a pill - pink)

Spencer ouvre un oeil, puis l'autre. Le monde vacille, le monde est flou, et les bruits sont diffus autour d'elle. Elle essaie de se redresser, mais quelque chose lui transperce le dos, un poignard brûlant et terrifiant. La douleur. Spencer grimace, jure et serre les dents. Qu'est-ce qu'elle fait encore ici, putain? Visiblement, elle est encore en vie, sinon elle n'aurait pas si mal. « Mademoiselle? Mademoiselle, vous êtes réveillée? » « Nan connasse, j'parle en dormant. » « Si vous le prenez comme ça je vous laisse ici hein, j'ai pas que ça à faire de m'occuper d'une gamine impertinente et suicidaire. Si vous voulez vraiment mourir j'vous fait une injection et on n'en parle plus. On a de la place à la morgue. » Spencer roule les yeux, grogne. « Ça vaaaaaaa, c'est booon. J'coopère, file-moi des médocs, bourre-moi de morphine, j'ai trop mal. » L'infirmière ne bouge pas, considère un instant cette fille atypique. Le visage rond et un peu joufflu, ses yeux sont noyés entre le rimmel qui a coulé et séché sur sa peau. Ses lèvres sont craquelées, sa voix horriblement rauque et sa peau diaphane zébrée de cicatrices. Elle a vraiment l'air d'une pauvre gamine. La teinture de ses cheveux rouge commence à s'effacer, on aperçoit l'ombre des racines brunes, et les pointes sont sèches et cassantes- elle porte sur le front une frange mal coupée, sûrement à la main. La fille ferme les yeux, son visage se tord de douleur et l'infirmière obtempère. « Je vous ai fait une petite injection, ça devrait vous faire dormir un peu. Avant, j'ai besoin de vérifier votre identité. Vous répondez bien au nom de Jeanne Sally Spencer Clayton-Fitzpatrick? Née à Liverpool le 2 avril 2080? » Spencer acquiesce mollement, la femme griffonne quelques notes au crayon de papier, puis pose la question fatidique. « Pouvez-vous me fournir le nom de vos responsables légaux? Comme vos parents, par exemple? » Rictus. « Je ne vois pas à quoi ça vous avancerait de connaître le nom de mes parents puisque de toute façon, ils m'ont rayé de leur vie. » La femme soupire, des cas comme ça, elle en a vu des milliers. « On en a quand même besoin, pour les contacter. » « Bon... à vos risques et périls. Ce sont de sacrées crevures, m'enfin, vous faites comme bon vous semble. Jenna Fitzpatrick et Nicholas Clayton, résidant respectivement à, euh, Tokyo, je crois, et à New-York. J'connais pas leurs téléphones, ni même leurs adresses exactes, encore moins leur e-mail. Bonne chance pour les contacter. J'vous le dis, ils s'en foutent de moi - ça les a juste bien arrangés de me foutre à l'asile. Surtout l'autre naze qui me sert de père. Si ça s'trouve mes vieux ont claqué en plus, ça fait trois ans que j'ai pas entendu parler d'eux. Oh, dis-le moi si ma vie t'soûle parce-que là j'suis partie pour te faire le récit complet et c'est pas hyper joyeux. » La femme hésite. Elle a d'autres cas plus urgent qu'elle, surtout qu'avec la dose qu'elle a dans le sang elle va bientôt sombrer, mais en même temps, c'est aussi son métier de l'écouter... « Non, allez-y. Je remplis juste des papiers en même temps mais ne faites pas attention. » La bonne blague. Comme si Spencer pouvait faire attention à quelqu'un d'autre qu'à elle-même. « Comme tu veux. Bon, j'disais, ma vie c'est de la merde et mes parents des enflures. Enfin, surtout mon père... ma mère est partie au Japon quand j'avais dix ans, ça fait donc cinq ans que je ne l'ai pas vu, elle... Ah merde, si je commence comme ça ça va être confus, tu vas rien piger. Allez, j'reprends depuis le départ. Tiens d'ailleurs je sais pas ce que tu m'a filé comme médocs mais putain ça claque, parce-que d'habitude j'raconte pas ma vie tu vois? J'ouvre que ma gueule pour dire des trucs méchants et dénués de sens, enfin bon, c'est très bien comme ça, peut-être que si quelqu'un connaît ma vie de a à z j'aurais moins l'air paumée. J'suis pas devenue comme ça par hasard. Je disais donc. » Elle prend une grande inspiration, tousse un peu. « Déjà, je partais mal dans la vie. Je suis née sourde. Eh ouais, ça vous surprend hein? J'entendais rien du tout, et ce jusqu'à mes sept ans. Quand j'étais petite, on se moquait de moi à l'école, parce-que je n'étais pas comme les autres. J'allais dans un établissement spécial, mais les enfants du quartier et en-dehors étaient cruels. Vraiment cruels. Mes parents ont divorcés quand j'avais, quoi, cinq ou six ans? Mon père s'est remarié à une femme qui avait déjà une fille, Pearl. Ma demi-soeur quoi. Cette fille était vraiment... parfaite. Genre, parfaite. Belle, mince, souriante, normale, intelligente. Forcément, tu parles que mon père s'est tout de suite intéressé à elle plutôt qu'à moi, sa pauvre petite Jeanne sourde, incapable, grosse et déjà bagarreuse. Bref, il est parti aux États-Unis et c'est ma mère qui a eu ma garde. On est restées à Liverpool, et puis, comme elle fréquentait un docteur à cette époque, il lui a appris que je pouvais être opérée de ma surdité. Elle a immédiatement accepté et paf, une nouvelle vie, amen. Nan sans dec, Jenna était une mère extra, douce, attentionnée... Mais elle bossait trop, trop souvent, trop dur. Elle n'était pas souvent là, et j'étais toute seule. Je ne comprenais pas encore les enjeux de sa vie et moi, tout ce que je voulais, c'était mon père. C'était avoir une famille unie, à nouveau. Je crois que j'ai développé une sorte de complexe d'infériorité par rapport à Pearl. Elle était mon opposé, et à la fois tout ce que je voulais être. De six à dix ans, je n'ai pas entendu parler de Nicholas. Malgré mes cartes de vœux, d'anniversaire, il ne m'a jamais appelé, jamais donné signe de vie. Il n'y avait que Pearl qui comptait pour lui. » Spencer bâilla, eut un sourire amer. « Mais bon, j'étais bien avec ma mère: à nous deux, on s'en sortait bien. Mais elle a eu une promotion très importante au Japon, vous savez, le genre de poste qui ne se refuse pas. Comme j'avais déjà des difficultés à l'école, elle a refusé de me dépayser et de m'emmener avec elle. Du coup, elle m'a confié à mon père. La plus grosse erreur de sa vie. Ça m'a tué, littéralement. Le Japon aurait été plus salvateur à mon avis. Enfin, toujours est-il qu'à dix ans, je me suis retrouvée en intrus chez les Clayton. Ils n'avaient pas besoin de moi, et il me l'ont bien fait comprendre. Même si au début, mon père a plus ou moins essayé de renouer des liens avec moi... tu ne rattrapes pas quatre ans d'absence en claquant des doigts. Ça n'a pas fonctionné. Ma belle-mère m'a simplement ignoré, et avec Pearl, mon Dieu... C'était horrible. Les gosses qui me traumatisaient à Liverpool étaient des anges à côtés de cette salope. J'ai subi ça pendant deux longues années, avant de décider de prendre ma revanche. Un jour où elle m'avait poussé à bout, je suis devenue violente, j'ai perdu les pédales et je lui ai claqué la tête contre un mur. Trois fois. C'était épique, elle pissait le sang et tout... J'étais incroyablement hors de moi. Mon père aussi... Quand Nicholas a entendu les cris de sa petite fille chérie, il est venu voir et est devenu fou. Il m'a giflé et m'a dit les choses les plus abjectes qu'un père puisse dire à sa fille. Des mots que je n'oserai jamais répéter à quiconque tellement c'était... » Spencer ne peut plus parler, les mots s'étouffent dans sa gorge et les larmes coulent sur ses joues. L'infirmière a un sourire compatissant, elle lui apporte un mouchoir, puis va s'asseoir à côté de la jeune fille, qui esquisse à son tour un pâle sourire. « Merci, c'est gentil... Ouah, désolée, je ne voulais pas pleurer comme ça. C'est que, comme c'est la première fois que j'en parle... Ça fait remonter tout un tas de souvenirs abominables. Donc, oui. Il a immédiatement appelé une ambulance et a envoyé Pearl à l'hôpital. Elle y est restée deux mois tellement j'avais frappé fort. Quant à moi, mon père m'a envoyé chez un psy, un ami à lui en fait, qui m'a diagnostiqué un pseudo trouble du comportement et qui justifiait, selon lui, une admission urgente en maison de correction. C'est là que je suis devenue incontrôlable. Je me suis mise à fumer, à être méchante, violente, à devenir hystérique et tout ce qui va avec, dont la prise de drogues, l'alcool, la cigarette... La pire période de ma vie, qui a fait de moi une loque. Un déchet. Mais j'ai survécu, j'ai emmerdé tout le monde et je suis devenue une putain de fille. Un phénomène, enfin, c'est ce qu'ils disaient quand j'y étais. Et puis, j'ai eu quinze ans il y a peu... Et comme mon comportement ne s'était pas amélioré, on m'a expédié en asile, voilà. Tiens, on est quel mois? Octobre? Bon ben voilà, ça fait six mois que je croupissais là-dedans. Soi-disant que je devais raconter mon histoire pour accepter mes troubles puis commencer ma cure. Ils m'ont fait chier, je me suis ouvert les veines. Et me voilà. Et je... je ne sais pas ce qui va se passer maintenant. J'ai quinze ans, tu vois, juste quinze ans... Je veux vivre ma vie maintenant, je ne veux plus jamais retourner dans ces bâtiments monstrueux. Je suis lasse. Vide. Morte. Et je ne demande qu'à revivre. » Nouveau bâillement, et la jeune adolescente ferme progressivement les yeux. L'infirmière pose sa main sur son front, lui caresse les cheveux. Oui, elle comprend. Et oui, elle compatit. Et cette infirmière se fait une promesse: elle ne laissera pas cette gosse retourner dans ces asiles. Son bipeur sonne, elle se lève à regrets. Mais elle est convaincue de pouvoir sauver Spencer.
Si elle savait...



(family portrait - pink)

Le paysage est morne. Immense. Impressionnant. Elle aimerait regarder autre chose mais elle sait que détourner les yeux n'est pas possible. Elle ne peut que fixer, à travers la fenêtre, la nature qui se meurt. « Jeanne? » Elle se mord la lèvre, non, elle ne doit pas pleurer. « Spencer. » « Ne commence pas. Ton prénom, c'est Jeanne. C'est ridicule de vouloir changer. » Elle manque de s'étrangler devant tant d'hypocrisie. « Tu déconnes j'espère?! Jeanne est morte il y a environ dix ans. Et c'est toi qui l'a tuée. J'ai bien été obligée de me reconstruire, non? Arrête de vouloir faire comme si tout était normal. J'ai changé. Je ne suis plus naïve ni vulnérable. » « Je ne fais pas semblant. » « Ben voyons. J'aurais préféré que tu me laisses pourrir dans cet hôpital. D'ailleurs, pourquoi t'es venu me chercher? T'as envie de devenir un père maintenant? Laisse-moi rire. Je ne te pardonnerai jamais ce que tu m'as fait. Jamais. Et le pire c'est que tu ne t'en rends pas compte. » « Change de ton, Jeanne - que tu le veuilles ou non, je suis ton père. Je suis venu te chercher parce-que t'es même pas capable de t'adapter à la moindre structure sociale. » « Tu appelles une maison de correction une structure sociale! Putain mais t'as vraiment de la merde dans le cerveau! Moi j'appelle ça l'Enfer, tu vois? Et je rêve que tu y brûles. » Les larmes brûlantes coulent sur ses joues. Son cerveau est en feu, elle a juste envie de cracher des mots de haine et d'horreur à ce père qui n'en a jamais été un. Il se gare sur le bas-côté, les mains crispées sur le volent, si fort que ses jointures blanchissent. « ... écoute-moi bien. Tu vas fermer ta gueule, Jeanne. J'en ai marre de toi. Vraiment marre. Si je pouvais te renvoyer à la salope qui te sert de mère, je le ferais dans la seconde. Malheureusement elle est toujours au Japon, et je lui ai dit que tu séjournais en pensionnat. Elle croit que tout va bien, que t'es canalisée, et crois-moi, elle ne se soucie pas plus de toi que ça. Personne ne s'intéresse à toi. Tu n'es qu'un déchet vivant. Maintenant, on va aller à la maison. Tu y resteras pour une semaine, avant ton transfert dans une Académie. C'est la mère de Pearl qui me l'a conseillée, pour les raclures comme toi. Tu vas donc rester une semaine avec nous trois, et je te préviens, au moindre écart, je te fous dehors et je te laisse crever. Littéralement. Regarde ce que t'es devenue! C'est pas possible, on dirait un clodo! Avec ton mascara et ton khôl qui te dégouline sur les yeux là, et puis ton rouge à lèvres, t'as vraiment l'air d'une pute ma pauvre petite. Tes fringues c'est quoi, de la récup' ou des haillons? Et puis tes cheveux? Rouge, mais regarde-moi ça! Et cette frange merdique! » Il y avait si longtemps qu'elle n'avait pas entendu cette voix, cet accent moqueur et cruel, ces paroles méprisantes et blessantes. Elle pleure sans retenue, les larmes glissent dans son cou, le noir de son maquillage colle sur ses joues, elle n'aime pas cette sensation mais elle s'en fiche, elle s'en fout. Si seulement elle n'avait jamais cessé d'être sourde... « Je croyais au moins que t'aurais perdu du poids, mais t'as l'air d'une vache! Ton cul doit faire deux fois la taille de New-York, c'est pas possible! Comment tu peux être aussi vulgaire? Regarde-toi Jeanne, t'es vraiment une moins que rien. Par contre ça, pour montrer tes seins, j'suppose que t'as pas de problèmes... Tu devrais mettre un décolleté plus grand tiens! C'est pitoyable, t'es bonne qu'à ça, montrer tes seins. Je suis sûr que tu finiras par faire le trottoir et à sucer les bites de gros pervers dégueulasses si tu finis pas overdosée au fond du caniveau. Parce-que tu te drogues, c'est évident. » « J'étais pas comme ça avant que tu foutes ma vie en l'air. » Il soupire, redémarre. Dix minutes se passent sans un mot. Spencer a séché ses larmes, elle a très envie de fumer. Vingt kilomètres, trente, soixante. « T'as toujours été difficile. Je savais bien que tu finirais comme ça un jour. Clodo, toxico, pute, dealeuse, en taule, tout ce que tu veux. » « Arrête, j'suis pas une pute. Ni une clocharde, ni une toxico. Et je ne deale pas. » « Te connaissant, c'est plus qu'une question de temps. » « Justement, tu m'connais pas. » « Oh ta gueule Jeanne. »

Le trajet se termine enfin, dans un silence de mort. La voiture s'arrête devant une maison aux murs blancs. Spencer examine l'endroit à travers la fenêtre. Ni elle ni son père ne semblent vouloir bouger; un certain malaise s'installe. « Jeanne... » « Non, c'est bon. J'ai rien à te dire. » Elle sort, claque la portière et ouvre le coffre. Un sac de voyage informe, c'est tout ce qu'elle a. Quelques vieilles fringues, trois paquets de clopes, un peu de dope, deux-trois capotes, un briquet neuf, une trousse de toilette, une trousse de médocs, des sous-vêtements. Un carnet, un crayon, un coffret à bijoux. Son porte-monnaie, ses papiers d'identité. Un couteau. Et quelques photos souvenirs.

C'est tout ce qu'il lui reste, les souvenirs.

Spencer relève la tête; car tandis que Nicholas sort de la voiture, la porte de la maison s'ouvre, et deux silhouettes en sortent. Spencer sent son coeur se serrer et son estomac se retourner, elle se force à faire comme si de rien n'était. Une blonde, une rousse. Toutes les deux grandes, minces. Une peau blanche et sans défauts, des dents bien saines, un sourire complaisant et hypocrite. Un brushing impeccable, des habits lavés et repassés qui sentent bon l'adoucissant. La mère et la fille.
« Salut. » « Bonjour Jeanne. Bienvenue chez nous. Je suis Isobel, tu te souviens de moi? Et voici Pearl. » « Bonjour. T'inquiètes pas, je n'ai rien oublié. » « En tous cas, tu es devenue une très jolie jeune femme. Ça fait si longtemps qu'on ne t'a pas vu! Comme le temps passe vite! Donne-moi tes bagages, Pearl te montrera ta chambre. Mais tu as toujours l'air si, euh... aimable, je suis sûre que tu n'as pas changé. » Hypocrisie quand tu nous tiens. Spencer serre son sac, jette un regard à Pearl - elle se tient en retrait. Aurait-elle peur de la méchante Spencie? Puis, elle se tourne vers Isobel. On dirait une statue de cire. Rien ne bouge, pas un cheveu, rien. La parfaite mère de famille. Dommage que Spencer vienne tout saboter. N'est-ce pas? « Ouais ouais, merci, mais te fatigue pas. C'est pas la peine de la jouer american dream hein. Au cas où tu l'aurais oublié, la dernière fois qu'on s'est vues j'ai envoyé ta fille à l'hosto. J'ai rien d'aimable et comme le faisait remarquer Nicholas tout à l'heure, j'ai absolument pas changé. J'sais pas combien de temps je vais rester là, mais le moins sera le mieux. » Le ton de la conversation a changé. Les trois femmes se dévisagent avec une animosité non dissimulée, et cette fois, Spencer perçoit le vrai dégoût qu'elle inspire à ces femmes. « Au fait, je m'appelle Spencer maintenant. » Et, sans un mot supplémentaire, elle entre dans la maison. Derrière elle, sa demi-soeur lui emboîte le pas, à contrario, et la mène jusqu'à sa chambre. Spencer a envie de vomir. Tout est PARFAIT. Les lits sont faits au carré, les pièces sont rangées, les couloirs sentent bon le propre. Les cadres sont bordés de dorures, la moquette est douce et soyeuse. Pearl la conduit à l'étage, et pousse une porte au bout du couloir. La pièce est sobrement décorée, en blanc et brun, mais a l'air confortable. Spencer jette son sac sur le lit, se tourne vers Pearl. Cette dernière la toise, paraît attendre quelque chose. « Quoi? » « J'attends toujours tes excuses. » Pearl minaude, les bras croisés sur sa poitrine inexistante, un sourire crispé sur les lèvres. « Des quoi? » « Des EX-CUSES. Sinon tu peux être sûre, de un, que ton séjour ici sera très court et de deux, que je te rendrais la vie impossible. » Spencer pouffe de rire. « Pauvre fille. Je ne reste qu'une semaine - à peine - et puis, de toute façon, tu m'as déjà rendu la vie impossible. Si l'une de nous deux doit avoir peur, ce n'est certainement pas moi. Je n'ai rien à perdre, je n'ai rien. Tu m'as tout pris. Alors tu penses, si tu me fais peur avec tes menaces... non chérie, c'est toi qui devrais te pisser dessus. J't'ai explosé la tête une fois, je peux recommencer. Je peux saccager ta vie de poupée en claquant des doigts, je peux foutre le feu à cette putain de baraque, je peux t'égorger avec mon couteau. » Spencer se rapproche de Pearl, un sourire machiavélique et pervers sur le visage. L'autre recule, mal à l'aise. « Je peux coucher avec le mec de tes rêves, je peux briser ta réputation avec mon comportement anarchique, je peux même te droguer dans ton sommeil. Je peux te voler de l'argent, je peux mettre des cafards dans ton lit, je peux t'empoisonner avec du plomb. Méfies-toi, Pearl. Je n'ai rien à perdre. » Pearl fronce le nez, se demande qui est cette psychopathe que sa mère accepte d'héberger. Ce n'est pas qu'elle n'aime pas Nicholas, il est juste très con, mais franchement, sa fille est une pourriture. Vivement la fin de la semaine. « Sale pute. » Spencer sourit. « Effectivement. Il paraît. » Pearl quitte la pièce, et l'adolescente s'affale sur le lit. Soupire. Ouais, vivement la fin de la semaine.



Spencer gémit, son dos se courbe. Elle est en sueur, son coeur bat à un rythme fou. Elle plante ses ongles dans le dos du mec au-dessus d'elle qui grogne de plaisir. Leurs ébats sont interrompus par des bruits à la porte. Le mec soupire, se détache de Spencer - remettant son pantalon, il va ouvrir. Dans l'embrasure de la porte se tient sa mère, l'air gêné. « Thomas, il y a les Clayton, en bas. Je crois que Pearl a quelque chose à te dire. » Le dénommé Thomas acquiesce, ferme la porte et regarde la fille à qui il vient sauvagement de faire l'amour. Spencer s'est déjà rhabillée, avec un short trop court, un collant résille, de vieilles Converses. Elle porte un débardeur décolleté et ses cheveux rouges sont électriques.





« CAN WE PRETEND THAT AIRPLANES IN THE NIGHT SKY ARE LIKE SHOOTING STARS ? »

(trouble - p!nk)



Il n'est pas interdit de se demander si Spencer Fitzpatrick est bel et bien une fille. Et si c'est le cas, de quel genre de fille il s'agit.
Spencer est plutôt spéciale dans son genre, un peu comme une bombe dissimulée dans une peluche en forme d'ourson. Elle attire la population avec des sourires larges comme la terre, des clin d'oeil aguicheurs, des câlins moelleux et doux, des moues attendrissantes. Et puis, parfois, soudainement, elle part en vrille, pète des câbles, se met à vociférer et à insulter le premier qui passe. Tout ça parce-qu'elle a le tact d'être extrêmement susceptible. Spencie n'a pas de retenue, pas de limites, et les bourrages de crânes successifs des maisons de corrections et des asiles n'ont fait que la rendre un peu plus coriace, un peu plus forte. Un peu plus indépendante, un peu plus libre, un peu moins soumise. Spencer est folle, folle à frapper un flic, folle à cracher sur une Cheerleader, folle à se tailler les veines quand elle ne va pas bien. Mais également folle d'amour et d'amitié. Spencie, c'est loin d'être la plus vertueuse, la plus géniale des amies, mais c'est un coeur en or et un dévouement fidèle. Son courage montre parfois de sérieuses tendances suicidaire, mais là, ce n'est plus du courage, c'est de la bêtise. Surtout, ne jamais se lancer avec elle dans le jeu du cap ou pas cap, vous n'arriverez pas à trouver quoi que ce soit qu'elle ne puisse faire. Sauf ses devoirs.
Spencer sèche les cours comme un sèche-cheveux les cheveux, et compte encore sur ses doigts. Elle ne fait même pas l'effort de retenir le nom de ses profs, le nom des autres, comprenez, elle souffre de désordres mentaux.

« L'imagination est plus importante que le savoir. »
— A. Einstein


✒ Bienvenue, étranger. Ah, c'est pas ça? Dans ce cas, on t'appelle comment d'habitude? Mou *.*

✒ Allez, on se tutoie. T'as quel âge, environ? Seize-ans-bientôt-dix-sept!

✒ Hé bah. Si jeune et déjà des rides... En parlant d'autre chose, t'as combien de comptes ici? DEUUUUUUUUUUUUX. Enfin, trois avec Spencie.

✒ Je vois, je vois... Et comment as-tu connu le forum? MYSTÈRE. J'déconne, je fais partie des fondateurs.

✒ Pas possible! Mais c'est génial! Et tu as une remarque à faire, à propos de n'importe quoi?

Fiche entièrement réalisée par © MOU (H. Allegra Lockhart / Tess Sayers). Optimisée sous Safari. Merci de ne pas copier sans autorisation.
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MessageSujet: SPENCER } i'm the girl your parents warned you about.   Lun 30 Avr 2012, 19:59


Spencer Fitzpatrick

« Toi tu rentres plus dans les bars, t'es partie dans la fumée. »
▬ GAINSBOURG



identité

NOM : Clayton-Fitzpatrick
PRÉNOM : Jeanne Sally Spencer
DATE DE NAISSANCE : 02 Avril 2080
À : Liverpool
ÂGE : Dix-neuf ans
NATIONALITÉ : Britannique
SIGNE PARTICULIER : parle la langue des sourds-muets
ANNE D'ETUDE : Cinq
CLUB : Volley.

► Inventé de toutes pièces ♥
► Kathryn / Megan Prescott
► Résistance


© Spcok @insanejournal (icons) || © Anne+Nana (avatar) || © tumblr (gifs)



HISTOIRE

« La rencontre fortuite, sur une table de dissection, de la machine à coudre et du parapluie »
— LAUTRÉAMONT





Elle fait rouler la cigarette entre ses doigts fébriles, un sourire nerveux s'empare de ses lèvres. Le bout rougeoie, elle inspire la fumée, respire. Elle évite soigneusement le regard de l'autre, à côté, se concentre sur la nicotine qu'elle inhale inlassablement. Elle passe sa langue sur ses lèvres, tousse un peu, ferme les yeux. Sa voix est rauque et enrouée, mais elle s'en tape carrément.
« Je m'appelle... non, laisse tomber, on s'en tape. J'suis pas là pour t'faire la conversation de toute façon. » L'infirmier ne dit rien. Il l'agace, son uniforme blanc lui fait mal aux yeux. Avec son espèce de sourire compréhensif à la con, bordel de merde, il la ferait sortir de ses gonds. « Putain, tu veux me rendre dingue? Arrête ça, connard, vire moi ce sourire de merde de ton visage là ! Allez, putain ! Arrête de sourire ! ARRÊTE DE SOURIRE ! » Il fronce les sourcils, elle lui tourne le dos, refoule ses larmes. Passe une main dans ses cheveux rouges mal coupés, jette sa cigarette par terre et l'écrase avec son talon, pendant de longues secondes, histoire qu'elle agonise bien. Histoire qu'elle soit piétinée et méprisée. Comme elle. Comme elle.

Elle a été reconduite dans sa cellule, elle s'allonge sur son lit. Les murs sont froids, les murs sont gris, les murs sont impersonnels. Le matelas est dur, la pièce est dénudée. Ce n'est pas un endroit où on a envie de rester, mais elle, elle s'y sent bien. Ce trou à rats lui ressemble, il est vide et déserté. Avec amertume, elle pense qu'elle pourrait finir sa vie ici. Mais c'est de l'ironie, cette fille ironise toujours trop. « J'veux fumer. » Elle se relève, frappe à la porte en métal. « Oh! Y'a quelqu'un? J'veux fumer. » Le gardien se retourne - c'est un black baraqué avec de grands yeux noirs. Les premiers jours, il lui foutait la trouille. Maintenant, elle le trouve cool. Mais aujourd'hui, il l'emmerde. « Non. » « Alleeez Derek. S'il vous plaît. Et j'vous jure que j'insulterai personne jusqu'à d'main. » Elle vérifie l'heure à l'horloge murale, vingt heures deux. « Non. » Ils ont tous décidé de la faire chier ou quoi? Elle secoue les barreaux de la porte, se met à gueuler dans le couloir. « J'veux fumeeeeeer putain, j'veux une clooooope. Allez, merde ! Oh putain, bande d'enflures, allez tous crever ! » Elle donne un coup de poing dans le mur, le plâtre s'effrite sous la puissance du coup, et Derek-le-gardien-black la regarde d'un mauvais oeil. Elle, elle s'en tape. Elle se rejette sur son lit, enfouit sa tête dans le maigre oreiller. Gémit. Derek se retourne, ça y est, la gamine a finit par la boucler. Ah, la salope. Elle lui en fait voir de toutes les couleurs, Spencer.

Spencer s'appelle Jeanne, elle n'a pas les cheveux rouges à la base, plutôt d'un brun quelconque. Officiellement, elle est pensionnaire dans un centre médico-psycho-pédagogique. Elle, elle dit simplement qu'on l'a foutue dans un asile psychiatrique après un séjour infructueux en maison de correction. Jeanne préfère qu'on l'appelle Spencer, fume beaucoup de cigarettes et a un fort accent anglais qu'elle ne cherche même pas à dissimuler.

Spencer est ce qu'on appelle, en langage politiquement correct, une « adolescente au comportement difficile ». C'est un doux euphémisme pour ne pas l'affubler des termes qu'elle pense mériter. Droguée. Voleuse. Menteuse. Criminelle. Violente. Anarchique. Dépressive. Névrosée. Désespérée. Souffrante. Hystérique. Et la liste est longue...

Le lendemain, l'infirmier est revenu la chercher. Comme tous les jours depuis six mois. Ou peut-être plus? Spencer a arrêté de compter après la première semaine. Il l'emmène dans le parc qui borde le centre, ils s'assoient sur le troisième banc à l'ombre des peupliers, lui à gauche et elle à droite. Il lui tend une cigarette déjà allumée dont elle s'empare sans un mot, et elle fume. Ils ne se regardent presque jamais, et ne se sont jamais parlé. Elle sait qu'il ignore son nom - et elle ignore le sien. Il ignore tout de sa vie, en fait, il est là pour qu'elle parle. Son dossier est bien au chaud dans le bureau du dirlo, personne n'y a accès. Sur sa cellule, une simple étiquette est collée: Jeanne Clayton-Fitzpatrick. Spencer a réussi à dérober un feutre noir et a rectifié l'erreur. La pensionnaire de la cellule 1106 s'appelle désormais Spencer Fitzpatrick, mais l'encre a un peu bavé. Mais ça, il n'y a qu'elle et les gardiens qui peuvent le savoir, car eux seuls ont accès aux cellules des pensionnaires. Secret médical. Soi disant.
L'infirmier n'est pas vraiment un infirmier, en fait. Une sorte de psychologue, plutôt. Un truc dans le genre. Si Spencer ne faisait pas preuve de tant de mauvaise foi, elle pourrait reconnaître que son infirmier est plutôt sympa. Et mignon. Mais Spencer n'a que ça à revendre, de la mauvaise foi, alors elle n'est pas prête à dire quoique ce soit de gentil sur l'infirmier. Ou sur n'importe qui. « Je veux sortir d'ici. » Des fois, Spencer lui parle. Avec sa voix éraillée et son accent british, elle décroche quelques mots. Généralement, ça se borne à son envie de fumer, son envie de se casser ou alors, à quelques insultes plus ou moins hurlées à pleins poumons. Mais aujourd'hui, Spencer parle d'une voix douce. Son agressivité est retombée. « Je sais que je dis ça tous les jours, mais cette fois-ci, ce ne sont pas que des paroles. Je veux... je veux tellement m'en aller. J'en ai marre de tourner en rond, de faire tous les jours la même chose. De bouffer la même merde du matin au soir, de ne fumer que les clopes que tu me donnes, de ne parler qu'aux mêmes gens - à savoir toi, l'infirmier-sans-nom et Derek-le-gardien-black, de ne voir que les mêmes paysages, à savoir le parc et le mur moche de ma cellule. C'est normal, non? » Elle soupire, tousse un peu. « Sinon, tu peux m'appeler Spencer si t'en as envie. » Elle comprendrait très bien qu'il n'ai pas envie de l'appeler, après tout, elle n'est pas sa seule patiente (à moins que?) et elle est loin d'être la fille avec laquelle on a le plus envie de faire connaissance. Sauf quand elle est ivre, là, elle est à peu près abordable. « Enchanté, mademoiselle Spencer. » Elle se fige, se mord la lèvre pour ne pas sourire. Puis, elle tourne la tête et le regarde - elle en oublie même de fumer. « C'est la première fois de toute ma vie qu'on m'appelle mademoiselle. Mademoiselle Spencer. » Elle est surprise, agréablement. Alors, elle rit. Un rire frais et éclatant, un rire qu'on aurait bien envie d'entendre tout le temps, mais qui ne se manifeste plus qu'à de rares occasions. Spencer finit par s'arrêter, brusquement. « J'dois faire quoi pour sortir d'ici? » « Parler. Me dire pourquoi vous avez atterri là. Ce que vous espérez de ce centre. » Spencer soupire. « C'est dur de se confier. C'est quelque chose que je n'ai jamais fait. » « Comme la plupart des patients de cet établissement. » « Il n'y a pas d'autre moyen ? » « ... » « S'il y en a un, j'en ai besoin. Je ne peux pas déballer ma vie en claquant des doigts. Mais je veux partir. J'ai besoin de retrouver ma liberté. » « Mademoiselle Spencer, je suis désolé, il n'y a pas d'autre moyen. » « Mais c'est quoi cet endroit? Parler, parler, ça ne m'avancera à rien, ils n'ont qu'à lire mon dossier! » Elle se lève, les yeux brillants de rage. « La direction considère qu'en parlant, vous acceptez plus ou moins pourquoi vous êtes là. Ensuite, le traitement commencera, et vous serez transférée dans le bâtiment de cure. Pour débuter la vraie psychiatrie. » « Allez vous faire foutre. » Elle est redevenue calme, calme mais lasse. C'est donc un cercle vicieux, une errance sans fin?

Ce soir, Spencer ne pense à rien. Elle n'a rien mangé, elle se sent vide et impuissante. Pitoyable. Elle remonte dans sa cellule, s'allonge sur son lit et pleure. Elle pleure, parce-qu'elle ne peut rien faire d'autre. Et puis, lui vient une idée. Lentement, elle se dirige vers la petite salle de bains qui jouxte sa chambre. Derek ne cille pas, il a l'habitude. Et puis, il n'est là que pour la retenir si elle essaie de s'enfuir. Pas pour lui aboyer dessus dès qu'elle tourne le dos. Mais Derek ne connaît pas Spencer, il ne sait pas ce qui se trame dans sa tête d'adolescente bouleversée, déchirée, abandonnée. Il ne sait pas qu'elle bloque la porte de l'exigu cabinet en s'asseyant contre elle. Il entend à peine les éclats de verre brisés, ça ne l'alerte pas. Et puis, il faut dire qu'elle a pris beaucoup de soin à ne pas faire trop de bruit. Du coup, Derek ignore que Spencer tient dans ses mains des éclats de miroir. Et il est à des lieues de se douter qu'elle s'entaille les veines, avec.
Parce-que personne ne sait que Spencer est en train de faire une tentative de suicide;
Après dix longues minutes silencieuses, le gardien a finalement réagi. Il n'a pas eu de mal à ouvrir la porte puisque la jeune fille était déjà inconsciente, baignant dans son sang, les bras lacérés et les éclats de verre dispersés. Ensuite, tout va très vite. Alerte du personnel médical, appel d'une ambulance, transfert dans l'hôpital le plus proche, admission aux urgences, examens, mise sous perfusions, don de sang. Repos. Et on repart pour un autre patient.



Spencer ouvre un oeil, puis l'autre. Le monde vacille, le monde est flou, et les bruits sont diffus autour d'elle. Elle essaie de se redresser, mais quelque chose lui transperce le dos, un poignard brûlant et terrifiant. La douleur. Spencer grimace, jure et serre les dents. Qu'est-ce qu'elle fait encore ici, putain? Visiblement, elle est encore en vie, sinon elle n'aurait pas si mal. « Mademoiselle? Mademoiselle, vous êtes réveillée? » « Nan connasse, j'parle en dormant. » « Si vous le prenez comme ça je vous laisse ici hein, j'ai pas que ça à faire de m'occuper d'une gamine impertinente et suicidaire. Si vous voulez vraiment mourir j'vous fait une injection et on n'en parle plus. On a de la place à la morgue. » Spencer roule les yeux, grogne. « Ça vaaaaaaa, c'est booon. J'coopère, file-moi des médocs, bourre-moi de morphine, j'ai trop mal. » L'infirmière ne bouge pas, considère un instant cette fille atypique. Le visage rond et un peu joufflu, ses yeux sont noyés entre le rimmel qui a coulé et séché sur sa peau. Ses lèvres sont craquelées, sa voix horriblement rauque et sa peau diaphane zébrée de cicatrices. Elle a vraiment l'air d'une pauvre gamine. La teinture de ses cheveux rouge commence à s'effacer, on aperçoit l'ombre des racines brunes, et les pointes sont sèches et cassantes- elle porte sur le front une frange mal coupée, sûrement à la main. La fille ferme les yeux, son visage se tord de douleur et l'infirmière obtempère. « Je vous ai fait une petite injection, ça devrait vous faire dormir un peu. Avant, j'ai besoin de vérifier votre identité. Vous répondez bien au nom de Jeanne Sally Spencer Clayton-Fitzpatrick? Née à Liverpool le 2 avril 2080? » Spencer acquiesce mollement, la femme griffonne quelques notes au crayon de papier, puis pose la question fatidique. « Pouvez-vous me fournir le nom de vos responsables légaux? Comme vos parents, par exemple? » Rictus. « Je ne vois pas à quoi ça vous avancerait de connaître le nom de mes parents puisque de toute façon, ils m'ont rayé de leur vie. » La femme soupire, des cas comme ça, elle en a vu des milliers. « On en a quand même besoin, pour les contacter. » « Bon... à vos risques et périls. Ce sont de sacrées crevures, m'enfin, vous faites comme bon vous semble. Jenna Fitzpatrick et Nicholas Clayton, résidant respectivement à, euh, Tokyo, je crois, et à New-York. J'connais pas leurs téléphones, ni même leurs adresses exactes, encore moins leur e-mail. Bonne chance pour les contacter. J'vous le dis, ils s'en foutent de moi - ça les a juste bien arrangés de me foutre à l'asile. Surtout l'autre naze qui me sert de père. Si ça s'trouve mes vieux ont claqué en plus, ça fait trois ans que j'ai pas entendu parler d'eux. Oh, dis-le moi si ma vie t'soûle parce-que là j'suis partie pour te faire le récit complet et c'est pas hyper joyeux. » La femme hésite. Elle a d'autres cas plus urgent qu'elle, surtout qu'avec la dose qu'elle a dans le sang elle va bientôt sombrer, mais en même temps, c'est aussi son métier de l'écouter... « Non, allez-y. Je remplis juste des papiers en même temps mais ne faites pas attention. » La bonne blague. Comme si Spencer pouvait faire attention à quelqu'un d'autre qu'à elle-même. « Comme tu veux. Bon, j'disais, ma vie c'est de la merde et mes parents des enflures. Enfin, surtout mon père... ma mère est partie au Japon quand j'avais dix ans, ça fait donc cinq ans que je ne l'ai pas vu, elle... Ah merde, si je commence comme ça ça va être confus, tu vas rien piger. Allez, j'reprends depuis le départ. Tiens d'ailleurs je sais pas ce que tu m'a filé comme médocs mais putain ça claque, parce-que d'habitude j'raconte pas ma vie tu vois? J'ouvre que ma gueule pour dire des trucs méchants et dénués de sens, enfin bon, c'est très bien comme ça, peut-être que si quelqu'un connaît ma vie de a à z j'aurais moins l'air paumée. J'suis pas devenue comme ça par hasard. Je disais donc. » Elle prend une grande inspiration, tousse un peu. « Déjà, je partais mal dans la vie. Je suis née sourde. Eh ouais, ça vous surprend hein? J'entendais rien du tout, et ce jusqu'à mes sept ans. Quand j'étais petite, on se moquait de moi à l'école, parce-que je n'étais pas comme les autres. J'allais dans un établissement spécial, mais les enfants du quartier et en-dehors étaient cruels. Vraiment cruels. Mes parents ont divorcés quand j'avais, quoi, cinq ou six ans? Mon père s'est remarié à une femme qui avait déjà une fille, Pearl. Ma demi-soeur quoi. Cette fille était vraiment... parfaite. Genre, parfaite. Belle, mince, souriante, normale, intelligente. Forcément, tu parles que mon père s'est tout de suite intéressé à elle plutôt qu'à moi, sa pauvre petite Jeanne sourde, incapable, grosse et déjà bagarreuse. Bref, il est parti aux États-Unis et c'est ma mère qui a eu ma garde. On est restées à Liverpool, et puis, comme elle fréquentait un docteur à cette époque, il lui a appris que je pouvais être opérée de ma surdité. Elle a immédiatement accepté et paf, une nouvelle vie, amen. Nan sans dec, Jenna était une mère extra, douce, attentionnée... Mais elle bossait trop, trop souvent, trop dur. Elle n'était pas souvent là, et j'étais toute seule. Je ne comprenais pas encore les enjeux de sa vie et moi, tout ce que je voulais, c'était mon père. C'était avoir une famille unie, à nouveau. Je crois que j'ai développé une sorte de complexe d'infériorité par rapport à Pearl. Elle était mon opposé, et à la fois tout ce que je voulais être. De six à dix ans, je n'ai pas entendu parler de Nicholas. Malgré mes cartes de vœux, d'anniversaire, il ne m'a jamais appelé, jamais donné signe de vie. Il n'y avait que Pearl qui comptait pour lui. » Spencer bâilla, eut un sourire amer. « Mais bon, j'étais bien avec ma mère: à nous deux, on s'en sortait bien. Mais elle a eu une promotion très importante au Japon, vous savez, le genre de poste qui ne se refuse pas. Comme j'avais déjà des difficultés à l'école, elle a refusé de me dépayser et de m'emmener avec elle. Du coup, elle m'a confié à mon père. La plus grosse erreur de sa vie. Ça m'a tué, littéralement. Le Japon aurait été plus salvateur à mon avis. Enfin, toujours est-il qu'à dix ans, je me suis retrouvée en intrus chez les Clayton. Ils n'avaient pas besoin de moi, et il me l'ont bien fait comprendre. Même si au début, mon père a plus ou moins essayé de renouer des liens avec moi... tu ne rattrapes pas quatre ans d'absence en claquant des doigts. Ça n'a pas fonctionné. Ma belle-mère m'a simplement ignoré, et avec Pearl, mon Dieu... C'était horrible. Les gosses qui me traumatisaient à Liverpool étaient des anges à côtés de cette salope. J'ai subi ça pendant deux longues années, avant de décider de prendre ma revanche. Un jour où elle m'avait poussé à bout, je suis devenue violente, j'ai perdu les pédales et je lui ai claqué la tête contre un mur. Trois fois. C'était épique, elle pissait le sang et tout... J'étais incroyablement hors de moi. Mon père aussi... Quand Nicholas a entendu les cris de sa petite fille chérie, il est venu voir et est devenu fou. Il m'a giflé et m'a dit les choses les plus abjectes qu'un père puisse dire à sa fille. Des mots que je n'oserai jamais répéter à quiconque tellement c'était... » Spencer ne peut plus parler, les mots s'étouffent dans sa gorge et les larmes coulent sur ses joues. L'infirmière a un sourire compatissant, elle lui apporte un mouchoir, puis va s'asseoir à côté de la jeune fille, qui esquisse à son tour un pâle sourire. « Merci, c'est gentil... Ouah, désolée, je ne voulais pas pleurer comme ça. C'est que, comme c'est la première fois que j'en parle... Ça fait remonter tout un tas de souvenirs abominables. Donc, oui. Il a immédiatement appelé une ambulance et a envoyé Pearl à l'hôpital. Elle y est restée deux mois tellement j'avais frappé fort. Quant à moi, mon père m'a envoyé chez un psy, un ami à lui en fait, qui m'a diagnostiqué un pseudo trouble du comportement et qui justifiait, selon lui, une admission urgente en maison de correction. C'est là que je suis devenue incontrôlable. Je me suis mise à fumer, à être méchante, violente, à devenir hystérique et tout ce qui va avec, dont la prise de drogues, l'alcool, la cigarette... La pire période de ma vie, qui a fait de moi une loque. Un déchet. Mais j'ai survécu, j'ai emmerdé tout le monde et je suis devenue une putain de fille. Un phénomène, enfin, c'est ce qu'ils disaient quand j'y étais. Et puis, j'ai eu quinze ans il y a peu... Et comme mon comportement ne s'était pas amélioré, on m'a expédié en asile, voilà. Tiens, on est quel mois? Octobre? Bon ben voilà, ça fait six mois que je croupissais là-dedans. Soi-disant que je devais raconter mon histoire pour accepter mes troubles puis commencer ma cure. Ils m'ont fait chier, je me suis ouvert les veines. Et me voilà. Et je... je ne sais pas ce qui va se passer maintenant. J'ai quinze ans, tu vois, juste quinze ans... Je veux vivre ma vie maintenant, je ne veux plus jamais retourner dans ces bâtiments monstrueux. Je suis lasse. Vide. Morte. Et je ne demande qu'à revivre. » Nouveau bâillement, et la jeune adolescente ferme progressivement les yeux. L'infirmière pose sa main sur son front, lui caresse les cheveux. Oui, elle comprend. Et oui, elle compatit. Et cette infirmière se fait une promesse: elle ne laissera pas cette gosse retourner dans ces asiles. Son bipeur sonne, elle se lève à regrets. Mais elle est convaincue de pouvoir sauver Spencer.
Si elle savait...



Le paysage est morne. Immense. Impressionnant. Elle aimerait regarder autre chose mais elle sait que détourner les yeux n'est pas possible. Elle ne peut que fixer, à travers la fenêtre, la nature qui se meurt. « Jeanne? » Elle se mord la lèvre, non, elle ne doit pas pleurer. « Spencer. » « Ne commence pas. Ton prénom, c'est Jeanne. C'est ridicule de vouloir changer. » Elle manque de s'étrangler devant tant d'hypocrisie. « Tu déconnes j'espère?! Jeanne est morte il y a environ dix ans. Et c'est toi qui l'a tuée. J'ai bien été obligée de me reconstruire, non? Arrête de vouloir faire comme si tout était normal. J'ai changé. Je ne suis plus naïve ni vulnérable. » « Je ne fais pas semblant. » « Ben voyons. J'aurais préféré que tu me laisses pourrir dans cet hôpital. D'ailleurs, pourquoi t'es venu me chercher? T'as envie de devenir un père maintenant? Laisse-moi rire. Je ne te pardonnerai jamais ce que tu m'as fait. Jamais. Et le pire c'est que tu ne t'en rends pas compte. » « Change de ton, Jeanne - que tu le veuilles ou non, je suis ton père. Je suis venu te chercher parce-que t'es même pas capable de t'adapter à la moindre structure sociale. » « Tu appelles une maison de correction une structure sociale! Putain mais t'as vraiment de la merde dans le cerveau! Moi j'appelle ça l'Enfer, tu vois? Et je rêve que tu y brûles. » Les larmes brûlantes coulent sur ses joues. Son cerveau est en feu, elle a juste envie de cracher des mots de haine et d'horreur à ce père qui n'en a jamais été un. Il se gare sur le bas-côté, les mains crispées sur le volent, si fort que ses jointures blanchissent. « ... écoute-moi bien. Tu vas fermer ta gueule, Jeanne. J'en ai marre de toi. Vraiment marre. Si je pouvais te renvoyer à la salope qui te sert de mère, je le ferais dans la seconde. Malheureusement elle est toujours au Japon, et je lui ai dit que tu séjournais en pensionnat. Elle croit que tout va bien, que t'es canalisée, et crois-moi, elle ne se soucie pas plus de toi que ça. Personne ne s'intéresse à toi. Tu n'es qu'un déchet vivant. Maintenant, on va aller à la maison. Tu y resteras pour une semaine, avant ton transfert dans une Académie. C'est la mère de Pearl qui me l'a conseillée, pour les raclures comme toi. Tu vas donc rester une semaine avec nous trois, et je te préviens, au moindre écart, je te fous dehors et je te laisse crever. Littéralement. Regarde ce que t'es devenue! C'est pas possible, on dirait un clodo! Avec ton mascara et ton khôl qui te dégouline sur les yeux là, et puis ton rouge à lèvres, t'as vraiment l'air d'une pute ma pauvre petite. Tes fringues c'est quoi, de la récup' ou des haillons? Et puis tes cheveux? Rouge, mais regarde-moi ça! Et cette frange merdique! » Il y avait si longtemps qu'elle n'avait pas entendu cette voix, cet accent moqueur et cruel, ces paroles méprisantes et blessantes. Elle pleure sans retenue, les larmes glissent dans son cou, le noir de son maquillage colle sur ses joues, elle n'aime pas cette sensation mais elle s'en fiche, elle s'en fout. Si seulement elle n'avait jamais cessé d'être sourde... « Je croyais au moins que t'aurais perdu du poids, mais t'as l'air d'une vache! Ton cul doit faire deux fois la taille de New-York, c'est pas possible! Comment tu peux être aussi vulgaire? Regarde-toi Jeanne, t'es vraiment une moins que rien. Par contre ça, pour montrer tes seins, j'suppose que t'as pas de problèmes... Tu devrais mettre un décolleté plus grand tiens! C'est pitoyable, t'es bonne qu'à ça, montrer tes seins. Je suis sûr que tu finiras par faire le trottoir et à sucer les bites de gros pervers dégueulasses si tu finis pas overdosée au fond du caniveau. Parce-que tu te drogues, c'est évident. » « J'étais pas comme ça avant que tu foutes ma vie en l'air. » Il soupire, redémarre. Dix minutes se passent sans un mot. Spencer a séché ses larmes, elle a très envie de fumer. Vingt kilomètres, trente, soixante. « T'as toujours été difficile. Je savais bien que tu finirais comme ça un jour. Clodo, toxico, pute, dealeuse, en taule, tout ce que tu veux. » « Arrête, j'suis pas une pute. Ni une clocharde, ni une toxico. Et je ne deale pas. » « Te connaissant, c'est plus qu'une question de temps. » « Justement, tu m'connais pas. » « Oh ta gueule Jeanne. »

Le trajet se termine enfin, dans un silence de mort. La voiture s'arrête devant une maison aux murs blancs. Spencer examine l'endroit à travers la fenêtre. Ni elle ni son père ne semblent vouloir bouger; un certain malaise s'installe. « Jeanne... » « Non, c'est bon. J'ai rien à te dire. » Elle sort, claque la portière et ouvre le coffre. Un sac de voyage informe, c'est tout ce qu'elle a. Quelques vieilles fringues, trois paquets de clopes, un peu de dope, deux-trois capotes, un briquet neuf, une trousse de toilette, une trousse de médocs, des sous-vêtements. Un carnet, un crayon, un coffret à bijoux. Son porte-monnaie, ses papiers d'identité. Un couteau. Et quelques photos souvenirs.

C'est tout ce qu'il lui reste, les souvenirs.

Spencer relève la tête; car tandis que Nicholas sort de la voiture, la porte de la maison s'ouvre, et deux silhouettes en sortent. Spencer sent son coeur se serrer et son estomac se retourner, elle se force à faire comme si de rien n'était. Une blonde, une rousse. Toutes les deux grandes, minces. Une peau blanche et sans défauts, des dents bien saines, un sourire complaisant et hypocrite. Un brushing impeccable, des habits lavés et repassés qui sentent bon l'adoucissant. La mère et la fille.
« Salut. » « Bonjour Jeanne. Bienvenue chez nous. Je suis Isobel, tu te souviens de moi? Et voici Pearl. » « Bonjour. T'inquiètes pas, je n'ai rien oublié. » « En tous cas, tu es devenue une très jolie jeune femme. Ça fait si longtemps qu'on ne t'a pas vu! Comme le temps passe vite! Donne-moi tes bagages, Pearl te montrera ta chambre. Mais tu as toujours l'air si, euh... aimable, je suis sûre que tu n'as pas changé. » Hypocrisie quand tu nous tiens. Spencer serre son sac, jette un regard à Pearl - elle se tient en retrait. Aurait-elle peur de la méchante Spencie? Puis, elle se tourne vers Isobel. On dirait une statue de cire. Rien ne bouge, pas un cheveu, rien. La parfaite mère de famille. Dommage que Spencer vienne tout saboter. N'est-ce pas? « Ouais ouais, merci, mais te fatigue pas. C'est pas la peine de la jouer american dream hein. Au cas où tu l'aurais oublié, la dernière fois qu'on s'est vues j'ai envoyé ta fille à l'hosto. J'ai rien d'aimable et comme le faisait remarquer Nicholas tout à l'heure, j'ai absolument pas changé. J'sais pas combien de temps je vais rester là, mais le moins sera le mieux. » Le ton de la conversation a changé. Les trois femmes se dévisagent avec une animosité non dissimulée, et cette fois, Spencer perçoit le vrai dégoût qu'elle inspire à ces femmes. « Au fait, je m'appelle Spencer maintenant. » Et, sans un mot supplémentaire, elle entre dans la maison. Derrière elle, sa demi-soeur lui emboîte le pas, à contrario, et la mène jusqu'à sa chambre. Spencer a envie de vomir. Tout est PARFAIT. Les lits sont faits au carré, les pièces sont rangées, les couloirs sentent bon le propre. Les cadres sont bordés de dorures, la moquette est douce et soyeuse. Pearl la conduit à l'étage, et pousse une porte au bout du couloir. La pièce est sobrement décorée, en blanc et brun, mais a l'air confortable. Spencer jette son sac sur le lit, se tourne vers Pearl. Cette dernière la toise, paraît attendre quelque chose. « Quoi? » « J'attends toujours tes excuses. » Pearl minaude, les bras croisés sur sa poitrine inexistante, un sourire crispé sur les lèvres. « Des quoi? » « Des EX-CUSES. Sinon tu peux être sûre, de un, que ton séjour ici sera très court et de deux, que je te rendrais la vie impossible. » Spencer pouffe de rire. « Pauvre fille. Je ne reste qu'une semaine - à peine - et puis, de toute façon, tu m'as déjà rendu la vie impossible. Si l'une de nous deux doit avoir peur, ce n'est certainement pas moi. Je n'ai rien à perdre, je n'ai rien. Tu m'as tout pris. Alors tu penses, si tu me fais peur avec tes menaces... non chérie, c'est toi qui devrais te pisser dessus. J't'ai explosé la tête une fois, je peux recommencer. Je peux saccager ta vie de poupée en claquant des doigts, je peux foutre le feu à cette putain de baraque, je peux t'égorger avec mon couteau. » Spencer se rapproche de Pearl, un sourire machiavélique et pervers sur le visage. L'autre recule, mal à l'aise. « Je peux coucher avec le mec de tes rêves, je peux briser ta réputation avec mon comportement anarchique, je peux même te droguer dans ton sommeil. Je peux te voler de l'argent, je peux mettre des cafards dans ton lit, je peux t'empoisonner avec du plomb. Méfies-toi, Pearl. Je n'ai rien à perdre. » Pearl fronce le nez, se demande qui est cette psychopathe que sa mère accepte d'héberger. Ce n'est pas qu'elle n'aime pas Nicholas, il est juste très con, mais franchement, sa fille est une pourriture. Vivement la fin de la semaine. « Sale pute. » Spencer sourit. « Effectivement. Il paraît. » Pearl quitte la pièce, et l'adolescente s'affale sur le lit. Soupire. Ouais, vivement la fin de la semaine.



Spencer gémit, son dos se courbe. Elle est en sueur, son coeur bat à un rythme fou. Elle plante ses ongles dans le dos du mec au-dessus d'elle qui grogne de plaisir. Leurs ébats sont interrompus par des bruits à la porte. Le mec soupire, se détache de Spencer - remettant son pantalon, il va ouvrir. Dans l'embrasure de la porte se tient sa mère, l'air gêné. « Thomas, il y a les Clayton, en bas. Je crois que Pearl a quelque chose à te dire. » Le dénommé Thomas acquiesce, ferme la porte et regarde la fille à qui il vient sauvagement de faire l'amour. Spencer s'est déjà rhabillée, avec un short trop court, un collant résille, de vieilles Converses. Elle porte un débardeur décolleté et ses cheveux rouges sont électriques. « Mon Dieu, je suis sûre que t'as jamais baisé Pearl comme ça. » « Déconnes pas, on n'a jamais rien fait... c'est qu'une allumeuse. » Il se rapproche d'elle, tente de l'embrasser mais elle se dégage. « Spence! Qu'est-ce qu'il te prend? » Elle ferme son sac, s'apprête visiblement à partir. « On a couché ensemble, c'était sympa, c'était jouissif même, mais ça n'ira pas plus loin. De toute façon j'ai eu ce que je voulais, t'es le mec de Pearl, je la hais, on s'est bien amusés. Alors oui, elle va te hurler dessus, te quitter même je pense, mais bon... c'est pas mes affaires tu vois? » « Tu m'as utilisé? » Elle le regarde. C'est une évidence, merde. « Bah oui. Mais je t'apprécie, t'es mignon, sympa et t'es un bon coup. Mais bon. Moi je dégage dans deux jours, alors on se reverra jamais. Juste, si t'as re-envie de moi, tiens, je te note mon numéro, appelles-moi. » Il a l'air terriblement gêné, le pauvre, mais finalement, accepte la situation. Et puis, il n'avait pas pu lui résister quand elle s'est amenée avec son air d'ingénue, hier soir, à la fête... elle avait l'air vachement bonne et Pearl n'était pas là et il a toujours eu envie de faire des trucs avec Pearl mais cette sainte-nitouche n'a jamais voulu alors quand il a su que c'était sa soeur, enfin sa demi-soeur il n'a pas hésité tu vois? Bon il ne pensait pas que c'était elle qui l'utiliserai au final mais c'est pas si grave. En plus, il n'est même pas amoureux de Pearl. « D'accord. Bon, je crois qu'il faut qu'on descende, j'ai ma future-ex copine qui attend. » Spencer lui adresse un clin d'oeil et ils sortent de la chambre. Traversent le couloir, descendent les escaliers. Dans l'encadrement de la portent se tiennent Pearl et Isobel. La première a le visage rouge et bouffi par les larmes, tandis que l'autre manque de s'étrangler en apercevant cette traînée au bras du mec de sa fille. « Spencer, il faut qu'on parle. » « Thomas, t'es un sale con. » Spencer regarde Thomas qui éclate de rire. Finalement, elle a raison, Spencie. Pearl est vraiment une moins-que-rien. « Désolée chérie, mais c'est plus la peine. Je veux plus être avec une meuf qui a un balai dans le cul. Heureusement qu'il y a des filles comme Spencer pour sauver l'humanité! » Et ce faisant, il attrape ses seins à deux mains. Ça la fait rire. « Spencer. Tout de suite. On s'en va. » Avec une démarche tout à fait provocante, Spencer se libère de l'étreinte de Thomas, passe devant la mère qui est blanche comme un cachet d'aspirine - depuis quand son fils est-il si mal élevé? - et sort de la maison sans même un au revoir, en bousculant Pearl et Isobel qui lui emboîtent le pas furieusement.
Spencer monte dans la voiture, sa belle-mère s'installe au volant et sa demi-soeur à la place du mort. Si seulement.
« Tu pars. Ce soir. », annonce Isobel en enclenchant le contact. « Tu dégages. Je ne te garderais pas une seconde de plus dans ma maison. » Sur le siège passager, Pearl pleurniche lamentablement, gémissant entre ses dents Colgate que Spencer lui a piqué son copaiiiiiin. Oh, pauvre chérie. « T'as deux minutes pour rassembler tes affaires. Ensuite, on part pour Weins. » « C'est une école de tarés pour les pourris comme toi sale pute! » hurle l'hystérique soeur en proie à une crise de nerfs. Doucement les insultes, ça vrille les oreilles de Spencer et c'est très désagréable. Sale pute, tarée... Comme si elle avait besoin qu'on lui rappelle qu'elle est une paria. Une marginale. Une déviante, une délinquante. « Cool. »
Voilà, cool.
Elle n'a rien d'autre à dire.



Il pleut des cordes, ici. C'est pire qu'à Liverpool. Il pleut vraiment, vraiment beaucoup. Spencer bâille bruyamment, regarde par la fenêtre de sa nouvelle chambre d'internat. Spencer s'allonge dans son lit. Le peu de ses affaires est correctement rangé. Pour la première fois depuis longtemps, elle se sent vraiment bien. C'est sa deuxième semaine dans l'Académie Weins. Elle est rentrée en retardataire mais s'est déjà bien intégrée. Oh, elle ne se leurre pas, sait bien que cet endroit sera sûrement pire que tous ceux qu'elle a connu, mais pour le moment, elle se sent bien. Elle a passé toute une batterie de tests pour valider son inscription, psychologiques et physiques. Elle n'est pas en bon état. Le directeur à dit à son père qu'il allait la « remettre sur pieds ». Isobel et Pearl n'ont pas accompagné Nicholas et Spencer. Étonnant. Nicholas est reparti vite fait bien fait, et Spencer s'est retrouvée seule dans un établissement aussi glauque que fascinant. Elle sait qu'elle ne rentrera jamais dans le droit chemin. Elle sait qu'elle va crever ici, de toute façon. Mais elle a décidé qu'elle allait quand même se battre. Se battre, jusqu'au bout. Puisqu'on va tous mourir et qu'il faut bien des sacrifices, elle offre son corps non pas au plus offrant, mais à la cause la plus noble.
Qui est, résister.

C'est sa deuxième semaine dans l'Académie Weins et elle n'est pas passée inaperçue. Repérée par les rebelles résistants, ce fut un jeu d'enfant de trouver un combat à sa hauteur.

Elle va se battre.



Elle fait rouler la cigarette entre ses doigts assurées, un sourire espiègle s'empare de ses lèvres. Le bout rougeoie, elle inspire la fumée, respire. Elle plonge soigneusement son regard dans celui de l'autre, à côté, sans se concentrer sur la nicotine qu'elle inhale inlassablement. Elle passe sa langue sur ses lèvres, tousse un peu, ferme les yeux. Sa voix est un peu plus claire et nette, et elle trouve ça charmant.
« En avril j'aurai vingt ans. C'est dingue, non? Ça fait déjà cinq ans que je suis là. Encore deux à tirer. » Tristan sourit lui aussi. « Tu te fais vieille, Spencie. Encore deux à tirer, et à moins que ton comportement ne devienne exemplaire, que tu organises l'évasion du quatrième millénaire ou que tu trouves un moyen pour arrêter le temps, t'es mal barrée. » « T'es pas mieux que moi, on a à peine un an d'écart et on est dans la même année, mon chéri. » Elle se penche et embrasse le jeune homme. Gratuitement. Spencer ne fait pas payer. « Tu fais quoi ce soir? » « Ta chère petite cheerleader au nom à coucher dehors n'est pas disponible? » Il lui adresse un sourire cynique auquel elle répond par un rond de fumée. « J'suis libre, la porte de ma chambre est grande ouverte pour toi. Mais alors tu prends de la bonne aussi, hein. Et du whisky. J'ai très envie de whisky. » Gallagher acquiesce. Puis, il se lève, s'étire, et dépose un baiser sur son front. « À ce soir Bitchpatrick. » Elle ne peut s'empêcher de pouffer, et lève les yeux au ciel. Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre...
Elle reste un instant seule sur le banc, repense à ces cinq dernières années. Personne n'ignore qui elle est, aujourd'hui. Toujours aussi explosive et spectaculaire, Spencer a su tirer parti de cette Académie. Elle a tout ce dont elle a besoin. Des amis, des garçons à portée de main, des souffre-douleur, des ennemis. Ses cheveux sont de plus en plus rouges, elle a retaillé sa frange et a un peu minci. Elle n'en fout pas une en cours, se montre anarchique et violente, rebelle et insoumise. Libre et folle, ivre et passionnée, indomptable et sauvage. Dans un monde de haine et de violence, elle a enfin trouvé sa place au sein des Rebelles, au sein de la Résistance. Son but n'est désormais plus de survivre, mais de tout effacer. De libérer New-York de l'oppression du Gouvernement. Elle aspire à une nouvelle ère, une ère de paix et de plénitude, et tous les salauds dans le genre de son père, de Michael Gordon, ou bien même de sa soeur seront éradiqués. Et pour cela, Spencer est sans limites.

Alors oui, définitivement.
She's the girl your parents warned you about.





CARACTÈRE

« J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans »
— BAUDELAIRE





Spencer n'est pas franchement ce que l'on pourrait appeler en toute bonne conscience une « fille normale ».
Et elle fait absolument tout pour ne pas être qualifiée comme telle.

Spencer est un personnage qui joue sur sa réputation - sa très mauvaise réputation. C'est une gamine insolente et détestable, vulgaire avec beaucoup de classe, provocante et tapageuse. Elle aime la foule, elle aime le bruit, la facilité, déteste être dérangée et a assez d'audace pour oser ce que la plupart des mortels n'ose pas. Elle pleure tout le temps pour pas grand chose mais rarement en public; être impertinente et braver les interdits ne la dérange pas. Les uns la craignent et les autres la redoutent, car elle n'a aucune limite. Ses colères sont des caprices agressifs dans lesquels elle perd tout contrôle et frôle l'hystérie. L'excès est son maître mot et elle n'éprouve que de plaisir dans la vitesse et l'euphorie - elle s'emploie méticuleusement à brûler sa vie par les deux bouts et surtout par tous les moyens possibles. Il apparaît clair que son objectif ultime est de se foutre en l'air le plus spectaculairement possible. Drogues occasionnelles, tabac à outrance, alcool à flot, sexe régulier, absentéisme à heures fixes, rébellion contre le Gouvernement, actes d'auto-mutilations, prises de médicaments douteux fréquentes, crises de nerfs hebdomadaires, tentative de suicide annuelle. Spencer est une bombe, une bombe à retardement qui contient son explosif depuis des années déjà. Qui sait ce qui se trame dans sa tête d'adolescente perturbée et indomptable ? Spencer est un danger. Quelques fois, elle a des absences, des trous noirs de quelques heures. Quelques fois, elle se sent au bord du précipice, et il lui en faut de peu pour ne pas se laisser tomber. Quelques fois, elle reste prostrée pendant des heures, muette, soudre, le regard fixe et vide. Quelques fois elle semble défier la Mort. Comme si celle-ci accordait un répit à cette pauvre enfant du siècle qui aurait dû mourir depuis longtemps. Mais il semble que même les puissances divines semblent disposées à laisser Spencer Fitzpatrick aller au bout de ce qu'elle a entrepris. La Révolution de l'an 3000 ou tout simplement son internement en cellule psychiatrique - une vraie? Nul ne sait ce que Spencer est capable de faire. Après tout, cette fille est complètement givrée. Plus rien ne lui importe: sa famille est détruite, elle est une pestiférée aux yeux de la société, elle semble incapable de construire une relation saine sur du long terme sans tout foutre en l'air et elle ne se prévoit aucun avenir, aucun futur. Elle fait cavalier seul malgré les autres Rebelles et son seul espoir est désormais de renverser le Gouvernement, d'instaurer un monde de paix et de revoir sa maman, la seule personne qui ait jamais eu un tant soit peu d'affection pour elle.
Car en dépit de son arrogance, de sa carapace, de son mépris et de son exubérance, la jeune anglaise est une petite fille fragile. Toutes les épreuves qu'elle a traversé l'ont brisé petit à petit, ont massacré son innocence et ont brûlé vif tous ses espoirs de vie normale. Au fond, Spencer est en verre voire en cristal: prête à se briser au moindre choc, même si elle paraît résister. Lorsqu'elle est seule, Spencer est en proie à des crises d'angoisse, des hallucinations, des moments de panique. Elle pleure sans retenue dans son lit de l'internat, se remémore les douloureux souvenirs de sa très très longue vie, aimerait que quelqu'un vienne et la prenne dans ses bras; la berçe et lui murmure que tout va bien. Ce qui n'arrivera jamais, car personne ne se soucie réellement d'elle - ou en tous cas pas assez. Spencer est pourtant adorable quand on fait l'effort de la connaître: généreuse et altruiste quoiqu'un peu maladroite, elle a un cœur en or et est toujours prête à rendre service et à défendre les autres. Elle est très engagée et possède des principes auxquels elle n'aime pas déroger. Ses avis sont par ailleurs tranchés et il est rare qu'elle accorde foi à la nuance ou la modération. Elle se sait incorruptible et droite, loyale et si elle n'est pas digne et honorable, au moins, elle est courageuse. Sa curiosité naturelle est aussi surprenante que sa douceur et sa tendresse, qui se révèlent timidement lorsqu'on gratte le vernis. Non, Spencer n'est pas toujours blasée et désinvolte. Non, elle n'est pas intouchable.
Elle est juste profondément perturbée, fragile, et tente de trouver un sens à sa survie.
Et si elle pouvait, elle voudrait finir en beauté.
Comme un feu d'artifice.
Comme une petite bombe.
Étincelles et odeur de poudre.

Volutes de fumée.

Silence.








YOU & YOURSELF

« Tout s’achète : l’amour, l’art, la planète Terre, vous, moi... Surtout moi. »
— BEIGBEDER







Ton p'tit nom/pseudo : Mou
Ton âge : Dix-sept ans
Un ou plusieurs comptes sur le forum ? TROIS What a Face
Comment as-tu connu le forum ? J'ai couché avec Tristan.
Et comment tu le trouves ? Tristan? Très sexy mais un peu ronchon. Ah, le forum? Plutôt pas mal sadique:
Quelque chose à ajouter ? Vive nous ♥ (Et 6 714 mots pour l'histoire What a Face Qui dit mieux? What a Face )
(EH MAIS SPENCER FAIT DU VOLLEY.
DU VOLLEY.
GENRE ELLE ARRIVE À BOUGER SES FESSES.
LOL.)


Merci à toi, nous te souhaitons la bienvenue sur Weins ~ Le staff reste à ta disposition si tu rencontres le moindre problème. Souviens toi, tu disposes d'une semaine pour remplir ton dossier ; s'il te faut plus de temps n'oublie pas de le signaler. A très bientôt ♫



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