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 HÉLÈNE •• aux âmes bien nées la valeur n'attend point le nombre des années

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Nola Davis-Potter

desert rose ❀


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MessageSujet: HÉLÈNE •• aux âmes bien nées la valeur n'attend point le nombre des années   Sam 28 Mar 2015, 11:57



Hélène Perrin

Résistants



Jennifer Lawrence © thelively-rpc

Et toi alors?

Partie s'adressant au joueur

☆ mou
☆ 20 ans
☆ sciences po
☆ qui ne connaît pas YT ? sur PRD :heart2:
☆ Supercalifragilisticexpialidocious ♥︎




Vos papiers ?


Un personnage inventé
Un poste vacant

    Âge ♠ Vingt-cinq ans depuis peu... déjà !
    Nationalité ♠ Française, messieurs dames... et parisienne d'adoption.
    Statut ♠ Célibataire - pas que ça lui plaise ni que ça la dérange, c'est juste qu'en ce moment, ce n'est pas l'une de ses priorités.
    Religion ♠ Catholique, surtout par défaut. En effet, Hélène est certes baptisée, mais elle a du mal à se sentir concernée par les histoires de religion. La messe, la communion... non vraiment, ce n'est pas son truc. Et il faut bien l'avouer, pour le moment, il y a d'autres choses qui lui trottent dans la tête.
    Profession ♠ Etudiante en Lettres, comédienne dans la troupe de l'Atelier, pompier volontaire et membre du Réveil, le journal clandestin qui circule dans Paris : quatre activités bien différentes, qui révèlent à chaque fois une facette de sa personnalité. Et qui lui prennent beaucoup de temps, alors ne venez pas lui dire que les jeunes d'aujourd'hui ne se bougent pas !  


Interrogatoire

♠ A-t-il des manies ou des tics ? Pas vraiment, en tous cas rien qui ne saute aux yeux. Ah, si, elle est incapable de rester immobile. Genre, vraiment immobile - sauf nécessités théâtrales. Ses doigts sont toujours au moins en mouvement, ou alors elle tapotera du pied, etc.
♠ Son livre préféré ? Demander à Hélène quel est son livre préféré, c'est s'exposer à au moins quinze minutes de discussion passionnée : il y en a tellement ! Étudiante en Lettres, c'est ce qui lui sied vraiment : elle a d'ailleurs toujours un livre à la main. Romans ou pièces de théâtre, elle dévore tout. En ce moment, son livre préféré est une pièce, celle de Musset : On ne badine pas avec l'amour, dont elle répète les tirades le soir, dans le miroir de sa salle de bains
♠ Son lieu préféré dans Paris ? la scène de l'Atelier, évidemment ! C'est là qu'elle se sent le plus en sécurité, libre. Hélène aime aussi flâner sur les quais de Seine, et évidemment, la Sorbonne : son école, sa seconde maison
♠ Aime-t-il sortir et où ? Oui ! Hélène est une jeune femme pleine de vie, qui a beaucoup pris d'assurance depuis son arrivée à Paris, et qui, comédienne dans l'âme, a le sens de la mise en scène et du spectacle. Elle aime sortir, même si depuis l'Occupation, elle refuse beaucoup plus de soirées qu'avant. L'heure n'est plus à l'oisiveté, mais elle ne dira jamais non à un théâtre ou à un concert - de jazz ! - pourvu qu'elle soit bien entourée.
♠ Comment vit-il les restrictions et les privations ? Mal. Ça l'insupporte de devoir faire la queue pendant des heures avec ses tickets pour obtenir des produits qui ne sont pas à son goût. Hélène ne fait pas la fine bouche, mais elle qui aime la gastronomie et qui ne s'est jamais vraiment privée, c'est difficile.  
♠ Son avis sur les Allemands et l'occupation ? Moins elle les voit, mieux elle se porte. Très honnêtement, elle a du mal à concevoir encore parfois que son pays soit sous l'Occupation, et elle supporte de moins en moins cette situation humiliante. C'est notamment ce qui l'a poussée à rejoindre le Réveil, cette volonté de redresser la tête.
♠ Son avis sur les juifs ? Un "avis" ? Hélène se sent assez peu concernée par les questions religieuses, et très franchement, elle ne voit pas pourquoi elle devrait avoir un avis particulier sur la question. Les Allemands sont sûrement de bons catholiques, elle les considère comme des barbares... Alors, juif, catholique, qu'est-ce que ça change ? Ce qui compte, ce n'est pas le Dieu vers lequel on se tourne, et cet horrible stigmate, étoile jaune, que l'on affiche sur leurs poitrines la dégoûte. De toute façon, puisque sa meilleure amie, son inconditionnelle Rachel est juive, la question ne se pose même pas : et si elle peut en aider certains à échapper à la terreur, elle n'hésitera pas. Elle, elle sait qu'elle a la chance d'être une « bonne française », blonde aux yeux bleus, blanche et catholique, et qu'elle jouit de privilèges que d'autres non pas : ça a beau la "préserver", ça la met très mal à l'aise.
♠ Son avis sur les manifestations ? Pourvu que ça dure ! Après tout, elle y a participé, ses amis y ont participé, ses professeurs y ont participé... Après tout, il faut que les choses changent ! Il faut montrer aux Allemands que la France ne se laissera pas abattre. Et puis, quoiqu'ils en disent, Paris sera toujours Paris !
♠ Son avis sur le gouvernement de Vichy et la politique de collaboration ? Bon, là, c'est le pompon. Si Hélène conçoit le choix de la capitulation en juin 1940, elle éprouve une profonde colère à l'égard des choix politiques poursuivis ensuite. La jeune femme sait bien que ceux qu'ils appellent les "collaborateurs" ne sont pas tous les mêmes, qu'ils n'ont pas tous eu le choix, mais elle a du mal à faire rationnellement une différence... Ils sont complices d'une mascarade immonde, tous. Elle ne fait confiance à absolument aucune administration ni aucun fonctionnaire et soupçonne chaque personne un tant soit peu proche du pouvoir d'être mouillée dans la collaboration. Et Hélène prie en secret, le soir dans sa chambre, pour que l'issue des évènements soit libératrice.


Dernière édition par Alba Montero le Mar 01 Sep 2015, 13:08, édité 1 fois
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Nola Davis-Potter

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MessageSujet: Re: HÉLÈNE •• aux âmes bien nées la valeur n'attend point le nombre des années   Mer 24 Juin 2015, 22:00


Biographie




    I. SHOW MUST GO ON


Elle est assise là, seule, sur la bordure du pont. La brise caresse doucement ses cheveux couleur épi de blé, tandis que ses jambes se balancent lentement dans le vide. En rythme. Un, deux. Un, deux. Un…

Son regard se perd dans le ciel, immense. La nuit tombe, mais elle ne ressent pas le froid. Le relief des pierres s'enfonce dans les paumes de ses mains, elle se dit que ça pique un peu. Autour d'elle, le chant des grillons, discret, commence à se faire entendre. Tout est calme, apaisant : c'est de ce silence et de cette quiétude dont elle a besoin maintenant. Elle se doute que ses parents la cherchent, mais elle ne leur répondra pas, pas tout de suite en tous cas. Hélène a envie d'être seule. Après tout, ne l'est-elle pas vraiment à présent ? Suzanne partie, il ne reste qu'elle. Leur modeste vie, la routine bien réglée comme une horloge dont jamais l’aiguille ne faute. Les rues de la petite ville nichée en Bourgogne, au milieu des vignes, désertes, sèches, et gorgées de soleil le jour. L’école, bien sûr, ses amis, ses parents. Il n’y aura plus de cris ni d’éclats de voix au lever du soleil ni de pleurs et de mots perdus le soir venu, plus de silences froids ou de tempête orageuse dans la maison, de claquements de portes ou d’assiette vide à table.

Suzanne est partie, il ne reste qu’elle.

Les Perrin sont trois, la quatrième est « montée à Paris ». Ça fera jaser, ça, elle n’en doute pas – en plus, partir pour suivre une carrière d’actrice ? Les pauvres, dira-t-on. Quelle veine d’avoir une fille pareille… Heureusement qu’Hélène est là. La gentille Hélène, douce Hélène. Jeune fille rangée sans histoires – sans histoire, d’ailleurs. Enfance modeste, enfant modèle dans cette famille qui vit simplement selon ses moyens, qui se prive parfois et ne rêve pas bien haut. Le quotidien, c’est la priorité. Les pieds sur terre et la tête sur les épaules, les yeux bien rivés en face, sur ce qui surviendra demain : Hélène écoute, Hélène obéit, elle dit oui et fait ce qu’on lui dit. Les pieds sur un nuage et la tête dans les étoiles, les yeux qui défient le soleil sans un regard pour le quotidien, Suzanne s’échappe, Suzanne ambitionne, elle sera actrice et n’en démord pas. Les conflits, au bout d’un moment, finissent par intégrer le décor de cette pièce de théâtre bien trop rejouée : un dîner ou une occasion quelconque, le sujet lancé par un protagoniste désireux d’ouvrir les hostilités, puis les mêmes arguments obstinés reviennent et la fin est toujours la même : elle quitte la scène sans manger, provoque un scandale parmi les invités – rideau. Hélène est toujours là pour baisser les yeux mais sourire malgré tout, retenant ses larmes au début (la pièce est nouvelle, c’est émouvant) puis son agacement (trop de répétitions ont tué le naturel). Alors, lorsqu’elle est partie pour de bon, ce fut un soulagement et un déchirement. Un soulagement qui déchire, ou l’inverse, peu importe après tout.

Elle n’a surtout pas son mot à dire et continue de mener sa vie avec une rigueur que n’ont pas normalement les enfants à cet âge. Le temps passe et si en façade elle reste proprement égale à elle-même, elle envie la liberté de sa sœur, conquise et arrachée à coup d’ongles, presque dans le sang. Elle, reste coincée ici – on aurait cru que l’absence de la plus extravagante des quatre marquerait les esprits ou laisserait un vide, mais il n’en n’est rien. Un creux dans le cœur d’Hélène, mais elle doit s’accrocher, réussir : elle n’a pas tellement le choix. Elle veut faire mieux que ses parents, être victorieuse sans émeutes : les rendre fiers (elle sait bien qu’ils le sont, mais ça ne semble jamais assez. Peut-elle se faire aimer pour deux, combler l’absence d’une autre blonde ?) et leur prouver qu’elle aussi a un avenir brillant. Après tout, ses notes sont excellentes et elle aime apprendre. Étudier, découvrir… écouter. Lire.

Lire les romans, les mots par millions ; écouter les tirades que les élèves récitent, issues des pièces ou des poésies à apprendre. Déjà, elle sait qu’elle est douée pour ça. Sa timidité, sa réserve naturelle s’effacent et laissent se révéler deux grands yeux bleus au public et une verve sans faille et sans défaut quand elle parle et endosse le rôle d’une autre qu’elle-même. Si la ressemblance crève les yeux, personne ne s’aventure à dire qu’elle ressemble à sa sœur quand elle avance sur la scène et que sa petite voix fait vivre les alexandrins des auteurs classiques. Bon sang ne saurait mentir. Mais elle lit la peur dans le regard de ses parents, la peur de la perdre, qu’elle leur file entre les doigts à son tour. Alors elle se contient, quand le spectacle de l’école, puis de toutes les autres classes, oui, quand le spectacle se termine, elle redevient la blonde Hélène que tout le monde a toujours connu, dans l’ombre lumineuse, éclatante, aveuglante, oui, dans l’ombre de sa sœur, même si elle n’est déjà plus là depuis longtemps.

    II. LE VENT NOUS PORTERA


Le jour n’est levé que depuis quelques heures à peine quand on se met à tambouriner – il n’y a pas d’autre mot – à la porte du domicile familial. Répondant à une injection de ses parents, affairés dans la cuisine, Hélène se charge d’aller ouvrir.

Ce matin, elle est de mauvaise humeur. Oh, aucune raison particulière. Enfin, plutôt, si : c’est ce garçon au collège – Corentin Dubois – qui ne cesse de l’importuner. De la railler. Parce-qu’elle sait toujours tout, parce-qu’elle semble réservée et parfois brusque. Parce-que les professeurs l’adorent, elle plus que les autres élèves, parce-qu’elle n’a pas beaucoup d’amis. Hélène n’est pas non plus très jolie – oh, elle est mignonne bien sûr, mais son corps ni son visage n’ont tout à fait perdu les traces de l’enfance et elle est loin de passer autant de temps que les autres filles à se faire belle. Les histoires de garçons ne l’intéressent pas… pas encore. Hélène est tournée vers une ambition secrète, nourrie depuis des années, renforcée depuis que Suzanne s’est évaporée : devenir actrice. Une actrice de cinéma, plus précisément. Elle est toujours dans la troupe de théâtre du collège où elle collectionne les rôles-phares, pourtant, cela la lasse. C’est quelque chose que les autres jeunes ne semblent pas pouvoir, vouloir comprendre, et qui la laisse un peu triste. L’année prochaine, Hélène entrera au lycée, mais sa morne vie, son quotidien désert, l’angoissent et l’étouffent. Elle n’a pas le cran de tout faire exploser autour d’elle et d’abandonner ses parents pour se donner la chance de vivre une expérience meilleure.

Ce dimanche matin donc, elle est de mauvaise humeur – car demain, elle va retrouver ce satané Dubois qui l’embête en ce moment, et aussi parce-que… parce-que c’est ainsi. Parce-qu’elle pense à son avenir et qu’elle ne voit rien, alors qu’elle rêve tant…

Comme un écho à ses pensées, c’est un visage blond, adulte, déterminé, qui se heurte aux traits fermés et peu accueillants d’Hélène. Qui se muent en une surprise non feinte, puis en une colère à peine voilée – elle pourrait même lui claquer la porte au nez, tiens.

Suzanne Perrin, dans toute sa splendeur, qui débarque dans son village natal un dimanche matin de mars, à une heure indécente, sans avoir prévenu qui que ce soit. Fidèle à elle-même, suppose sa sœur. Oui, Suzanne, qui n’a jamais remis les pieds ici après son spectaculaire envol à dix-sept ans. Ou est-elle revenue ? Hélène ne saurait même pas le dire. En tous cas, si elle a réapparu parfois, ça se compte sur les doigts d’une main. Combien de fêtes de Noël, d’anniversaire, de Toussaint, de nouvel an, se sont faits avec la mémoire d’une absente ? D’une morte, presque ? Pour Hélène, à sept ans, Suzanne était un vide. À quinze, c’est un fantôme. Une sœur ? L’a-t-elle même inventée, cette grande blonde pétillante, déterminée et provocante malgré elle ? A-t-elle vraiment existé ?

À la voir ruminer son impatience sur le palier – tu me laisses entrer, oui ? – Suzanne est bien réelle. Et elle lui a bien gâché la vie. Ses cartes postales ou lettres n’ont pas suffi à remplir la place laissée vacante, la chambre fermée à clef, le trou dans le cœur d’Hélène, enfant admirative de son modèle. S’en rend-elle compte ? Huit ans passés à se construire elle-même, pour elle-même, mais toujours dans l’ombre de celle qu’elle n’a pu se résoudre à effacer. Suzanne lui colle à la peau.

Leur père refuse de lui adresser la parole, et leur mère se précipite vers elle, sanglotant. Suzanne repousse les gestes d’affection ou non avec tendresse mais fermeté. La table est bien vite dressée pour le déjeuner, elle feint la conversation avec sa mère, qui la presse de questions… Mais elle les coupe rapidement : pas question qu’ils l’appellent Suzanne. Enfin, c’est Ida maintenant. Ida ? Quelle est encore cette lubie ridicule, grommelle leur père dans un coin. Oui, Ida, Ida Bernhardt, rien que ça mesdames et messieurs, trois petites lettres plus exotiques que « Suzanne » : après tout, il faut bien donner au public qui l’acclame chaque soir ce qu’il attend. Elle ne triomphera pas en se présentant comme Suzanne Perrin, youhou, et même son jeu paraît sublimé par ce pseudonyme qu’elle arbore fièrement. Hélène lève les yeux au ciel. Sa mauvaise humeur ne va pas s’arranger… Et puis c’est au moment du dessert qu’elle leur annonce avec espièglerie et nonchalance, qu’elle ne repartira pas seule : Hélène vient avec moi. Pardon ? Les couverts tombent, tintent dans les assiettes. Elle veut que sa sœur cadette la rejoigne, vienne vivre à Paris, avec elle. Avec elle. Elle a les moyens de lui permettre de terminer sa scolarité dans un lycée parisien à la hauteur de ses capacités – clin d’œil. Si Hélène n’a cessé d’idolâtrer Suzanne, et de la détester en même temps, elles ont correspondu avec plus ou moins de rigueur pendant ces huit années, la benjamine tenant son aînée au courant de ses prouesses scolaires. Alors, pour Suzanne… pardon, Ida, c’est une évidence.
Et clairement, elle ne laisse pas le choix aux parents. Tout ce qu’elle attend, c’est un hochement de tête, ne serait-ce qu’un oui murmuré sur le bout des lèvres.

Le sang bat fort aux tempes d’Hélène.

Le soir même, sur son calendrier, elle lance le compte à rebours. Trois mois. Les examens terminés, elle fermera ce roman, en ouvrira un autre. Le sien.

Sa vie.

    III. JEUNES ET CONS



Paris la sidère toujours autant. Une ville qui bouge ainsi, ne semblant jamais dormir, ça lui semble irréel. Ses yeux sont sans cesse attirés par les personnes dans la rue, les objets affichés en vitrine, les affiches placardées au mur, la beauté de la ville. Hélène se sent mieux ici depuis six mois que dans sa ville natale depuis sa naissance. Elle est tellement libre, ici !

Elle a quitté son village juste après ses examens de fin d’année – tous ses bagages étaient déjà prêts depuis longtemps. Elle n’a jeté aucun regard en arrière. Sa sœur l’attendait à la Gare, en compagnie d’un homme dont elle a bien vite appris l’identité : le compagnon – le mari ! – de Suzanne et le gérant de la troupe de théâtre dans laquelle elle exerce. Et, rapidement, la jeune femme s’est sentie à l’aise avec eux, et dans les rues encombrées de la capitale. En septembre, elle entre au lycée et tout devient si différent… meilleur. Elle y rencontre des camarades qui, s’ils ne viennent pas du même milieu, partagent son goût pour l’érudition et la lecture… et le théâtre. « Ajoutez deux lettres à Paris et c’est le Paradis ! »

Ses dernières années scolaires se passent à merveille. Tout, dans ce nouvel environnement auquel elle s’habitue avec une facilité déconcertante, lui plaît, lui parle. Et, bizarrement, depuis qu’elle vit avec Suzanne – enfin, pardon, « Ida » - elle n’a plus l’impression de vivre dans son ombre. La retrouver l’a libérée. Oh, bien sûr, retrouver une sœur de dix ans son aînée qui ne lui a laissé comme réel souvenir qu’une absence douloureuse n’a pas été facile. Il faut dire qu’elles sont promptes à se lancer des piques et à entamer des disputes qui sont déjà virulentes, malgré les haussements d’épaules indifférents de Néron. Mais elles se découvrent également une complicité qu’Hélène n’aurait jamais pu soupçonner. Vraiment, beaucoup de choses à partager et même au-delà de ça, une véritable tendresse commune, qui font que Su… Ida devient rapidement une alliée incontournable pour Hélène.

C’est également cette complicité qui pousse Hélène à accepter d’entrer dans la troupe de sa sœur. Ça, et ah oui… l’ambition dévorante et la passion des planches qui ne l’ont jamais quitté un seul instant. Vivre à Paris, c’est aussi vivre, en partie, son rêve. Les petits rôles s’égrènent au compte-goutte, à l’origine : aux yeux de tous, Hélène n’est qu’une enfant – elle n’a même pas dix-huit ans ! – et les rôles sont souvent muets, ou alors, elle s’affaire en coulisses, prépare les accessoires, subit les crises de panique de dernière minute de sa diva de sœur, apprend à gérer l’éclairage, le rideau, la mécanique bien huilée qui fait le succès d’une pièce de théâtre. Rapidement, s’en même le réaliser – sans que personne ne le réalise, Hélène s’impose à l’Atelier avec un naturel déconcertant, comme si sa place avait toujours été là. Et, grandissant, se sublimant aussi, puisqu’enfin elle découvre dans le miroir un regard bleu intelligent, des cheveux soyeux, un visage plus adulte et un corps affirmé, elle arrive à force d’acharnement et de conviction, parfois de larmes feintes, à récupérer brillamment les seconds rôles. Et puis, ils lui échouent naturellement. Il faudrait être aveugle pour ne pas réaliser à quel point elle est douée, cette petite.

Le véritable théâtre, cette découverte, ses premières prestations, sont un coup de foudre immédiat, puissant. Elle s’y rêve triomphante dans le premier rôle. Mieux, elle s’y rêve repérée par un réalisateur, enviant à Suzanne son statut de muse aux yeux de Néron. Mais elle ne désespère pas, après tout, elle a tout son temps : mais un jour, elle triomphera au cinéma.

En attendant, elle essaie de triompher dans les études supérieures. Car le lycée achevé sans trop de difficultés, c’est désormais une autre vie qui s’ouvre devant elle… La Sorbonne, cursus Lettres – quoi d’autre ? – rien que ça. Plus de pression, mais aussi plus de liberté : Hélène s’émancipe, découvre les joies de la vie étudiantes et le bonheur de l’amitié. Celui-ci commence par une rouquine nommée Rachel Lévi, un matin de rien du tout, assises côte à côte en amphithéâtre, et ça devient une évidence. Mieux : un duo incontournable, la blonde et la rousse, qui partagent qualités, convictions et centres d’intérêt ; leur différence est une religion mais ça ne perturbe pas Hélène. Tant que son acolyte est présente pour les soirées, les évènements, les associations, tout baigne ! Et d’ailleurs, à ce sujet, Hélène se découvre un engouement pour les activités extra-scolaires, tant et si bien que lorsque son amie lui fait part de ses problèmes pour être publiée dans le journal estudiantin, elle n’hésite pas deux secondes avant de lui venir en aide. Cerise sur le gâteau ? Bouter ce pathétique pédant pleurnichard de Maxime Andrieu du « trône » de rédacteur en chef… Hélène n’imaginait pas qu’elle irait jusqu’à prendre sa place, mais ce n’est pas plus mal, n’est-ce pas ? Andrieu, Andrieu… Tête à claques qui promène sa suffisance mal placée comme son ombre : pas besoin de plus pour souligner qu’elle le déteste. Enfin, quoiqu’il en soit, les talents d’actrice d’Hélène, son énergie et sa vivacité lui ont bien servi ! Se garantissant une certaine popularité qu’elle ne cherchait pas mais qui n’est pas sans lui déplaire, Hélène s’épanouit rapidement à la Sorbonne. Comme si ça ne suffisait pas, dans sa recherche d’activité, elle s’engage dans le même temps en tant que pompier volontaire : un défi physique, psychologique, une cause à servir et… les clés de l’Université ! Nul doute qu’elle a mémorisé chaque couloir et chaque tournant par cœur, si bien qu’elle pourrait s’y déplacer les yeux fermés : elle connaît toutes les meilleures cachettes et tous les endroits où l’on peut discuter en toute sérénité.

Réussite, réussite, Hélène enchaîne les compliments et si elle ne brille pas – encore - sous les feux des projecteurs, elle savoure ses petits succès estudiantins. Néanmoins, fidèle à elle-même, la jeune femme accorde une importance primordiale à user de sa « célébrité » à bon escient et à rester aussi terre-à-terre que possible, ce qui n’est pas très difficile pour elle. En effet, il lui suffit de se projeter quelques années en arrière pour se souvenir que ce qu’elle a, elle l’a acquis à la force de ses bras mais que rien n’est éternel. Elle aurait donc tort de s’imaginer invincible et reste donc aussi humble que possible… réservant et déployant son ego quand elle est sur scène !

Et, absorbée par son quotidien fou, ses chamailleries puériles avec Suzanne-Ida, ses études, ses sorties, elle n’entend pas, au loin, gronder l’orage.

    IV. MISTRAL GAGNANT



Elle pleure dans sa chambre, couchée sur son lit, tête enfouie dans l’oreiller, le corps secoué de sanglots, la gorge serrée. Ses cheveux blonds forment un halo autour de son crâne, pour un petit ange déchu. Soudain, des pas, une porte qui s’ouvre. Noyée dans ses larmes, elle sent juste qu’on vient s’asseoir à côté d’elle. Les mains, douces, lui caressent les cheveux, et Hélène s’y accroche désespérément.
« Chut, chut… » Un murmure qui se veut apaisant. Elle vient se blottir contre Suzanne qui l’enserre, fort, dans le silence. Puis, un gémissement.
« C’est si injuste…  
- Je sais, mon ange, je sais…
- Je comprends pas… Suzanne je comprends pas… »
Néron apparaît sur le seuil de la porte, soucieux. Suzanne lui jette un regard que lui seul comprend, et, après un dernier regard inquiet porté sur Hélène, disparaît. C’est entre elles, et Suzanne se résout à endosser le rôle de figure maternelle qu’elle n’a jamais été.

L’Occupation lui fit l’effet d’une gifle. Hélène, insouciante, faussement rebelle et en pleine ascension, se retrouve prise à la plus grande désillusion. La France a perdu la guerre et les français baissent la tête. 1940, dans Paris règnent les Allemands. Comment est-ce arrivé ? Elle ne s’en souvient pas. En revanche, elle ne supporte pas ce qu’elle considère comme une humiliation. Prise de court, Hélène s’est immédiatement braquée contre l’Occupation, désignant les Allemands comme ses ennemis.
Elle, qui ne s’est jamais laissée démontée, se laisse pourtant aller dans les bras de sa sœur, criant sa détresse.
« Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? Elle renfile, s’essuie les yeux avec le drap. Suzanne met quelques secondes avant de répondre.
- Je peux te faire confiance ? Drôle de question.
- Evidemment.
- Néron et moi… on a un projet. Pour lutter contre eux. Un journal. Pour dénoncer tout ça… Hélène se redresse, attentive, pour faire face à sa sœur. Son cœur se remet à battre, l’espoir coule de nouveau dans ses veines. Et… j’aimerais… que tu en fasses partie.
- Quoi ? Moi ? Enfin Suzanne ! Je ne sais pas écrire, je… Néron et toi êtes des poètes et avez un don pour le verbe, moi je suis une lectrice, je…
- Tu rien du tout. Tu ne seras pas obligée d’écrire. On sera bien assez pour cela. Par contre, il nous faut de petites mains délicates pour la mise en page, et la distribution… On cherche encore un imprimeur mais ça ne devrait pas tarder à se faire. Et sachant que tu possèdes le trousseau magique de la Sorbonne… si jamais on avait besoin…
- Les presses ? Suzanne acquiesce et Hélène sourit à travers ses larmes. L’espoir fou de se rendre utile. De faire quelque chose. Et pour la première fois depuis qu’Hélène a trouvé le théâtre, elle sent renaître en elle une nouvelle étincelle.
*
Vivianne. Merlin. Lancelot. Et… Celle-qui-ne-mentit-jamais. Sa sœur, ce n’est pas la modestie qui l’étouffe, mais il faut reconnaître que ses articles sont un régal. Et leur Réveil se diffuse doucement mais sûrement dans Paris. Hélène, grâce à son réseau à la Sorbonne, à ses amis qui y sont extérieurs, sait quelles boîtes aux lettres visiter et lesquelles éviter, lesquelles taquiner. Comme d’habitude, Hélène gère tout d’une main de maître : aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années. Si les grands auteurs sont à l’abri derrière les pseudonymes, c’est elle qui court les rues pour distribuer le journal.

Les tensions, pourtant, ne manquent pas. Un an, presque deux, ont passé depuis que les Allemands sont entrés comme des fleurs en France. Les restrictions commencent sérieusement à peser sur son moral, et personne n’a envie de se retrouver devant une Hélène énervée. Ce n’est pas non plus la bonne période : son mémoire n’est peut-être pas aussi bon qu’il le devrait, et son bien aimé professeur, Louis Marat, l’a réprimandée. En même temps, est-ce de sa faute ? À vingt-trois ans, peut-elle tout assumer ? Pompier, étudiante, résistante, actrice ? Cela fait beaucoup de casquettes pour cette jeune femme, désormais. Et puis, comble du comble, il y  cet Allemand, venu la voir après la dernière représentation, pour l’encenser de ses meilleurs compliments. Bien sûr, elle n’aurait jamais accepté de sortir avec lui, d’être vue publiquement avec lui, d’accepter l’invitation.

Mais la troisième fois… La troisième fois, il l’attendait au loin, adossé à une voiture, fumant une cigarette avec décontraction. Elle était obligée de passer devant lui pour rejoindre son appartement. « Mademoiselle Perrin, bonsoir. » Elle n’avait pas répondu, faisant mine de continuer son chemin. « Je peux vous appeler Hélène ? » Elle s’était retournée pour lui répondre non – non, N – O – N, non, non, non ! Et alors il avait souri, et pour la troisième fois consécutive, l’avait invitée à prendre un verre. De guerre lasse, et bien décidée à se montrer dans ce cas aussi imbuvable que sa sœur, elle avait acceptée. Très réticente, honteuse et paniquée à l’idée qu’on les voie en public, elle avait choisi un bar assez éloigné de ses quartiers habituels. Ça n’avait pas semblé le choqué, et, s’attendant à ce qu’il parle de tout sauf du théâtre, elle avait été (agréablement) surprise que la conversation ne tourne qu’autour de ça. Parce-qu’il la trouvait magnifique dans son rôle, et qu’il préférait les brunes, il n’avait visiblement aucune intention mal placée. Ce fut une soirée correcte qui avait perturbé Hélène. Des compliments, sur son jeu, ça la ravissait. Venant d’un Allemand, ça la dégoûtait. Elle lui avait demandé de ne pas réitérer sa demande, de la laisser hors de ça. Pourtant, elle l’avait revu dans la salle, aux représentations suivantes, et elle n’était pas la seule. Néron, Ida, Arthur, eux aussi avaient l’œil et les visites d’appelez moi Wolfgang, je vous en prie, ne leur avaient pas vraiment plu. Ce serait mal connaître Hélène de penser qu’elle ne retombe jamais sur ses pattes. Se montrer publiquement avec un Allemand, finalement, pouvait avoir ses avantages… comme éloigner tout soupçon de connivence entre le Réveil et l’Atelier. Oh, personne n’irait soupçonner ces talentueux acteurs, mais on ne sait jamais… La présence d’un Allemand parmi les sièges rendrait l’Atelier blanc comme neige. Mais la menace n’est jamais loin, Hélène le sait, et lutte pour espacer les invitations de Wolfgang – et elle n’irait jamais avouer qu’elle le trouve cultivé et que ses commentaires sur la pièce sont très justes. C’est un Allemand. Cela veut tout dire.

Donc, où en étions-nous, parmi les choses qui la chiffonnent ? L’Occupation, la résistance, Hélène multi-tâche, l’allemand pot de colle… et Agnès Doliveux. C’est pourtant une idole sacrée aux yeux d’Hélène, qui représente ce dont elle a toujours rêvé : le Cinéma avec un grand « C ». Les projecteurs, la caméra, le grand écran, la mise en scène et la technique… Tout ce qui fait briller ses rêves. La grande Agnès Doliveux, qu’Hélène a eu l’occasion d’approcher il y a peu : gloire ! L’actrice s’est montrée à la hauteur de ses attentes : cultivée, déterminée, battante, et passionnée comme elle. Et jamais Hélène n’aurait pensé être déçue par celle qu’elle admire plus que tout, qui lui a d’ailleurs offert une proposition de tournage… dans son prochain film ! Mais c’était sans compter sur la découverte récente de son idole en tête d’affiche du dernier film de propagande nazie. Choquée, Hélène se sent trahie par cette actrice qui lui a ouvert la porte de son rêve.

Alors, non, en ce moment, ça ne va pas fort. Et rien ne semble s’améliorer.

    V. J'AI DEMANDÉ À LA LUNE


Elle a attendu longtemps que Rachel vienne la rejoindre, mais personne n'est venu s'asseoir en face d'elle, à la terrasse de ce petit café qu'elles affectionnent. Fermant son livre, Hélène laisse quelques francs sur la table puis se lève : direction l'Atelier pour la répétition. Les deux dernières années ont été particulièrement difficiles à supporter, moralement surtout. Hélène s'est raccrochée au théâtre comme à une bouée de sauvetage, et à son activité au sein du Réveil comme à son salut. Mais Rachel... elle aussi fait partie de l'aventure du Réveil désormais, mais la blonde et la rousse n'ont plus autant de temps et d'insouciance à partager. Car Rachel est stigmatisée par l'étoile jaune qu'elle ne porte pas, parce-que les persécutions contre les juifs se font de plus en plus courantes. Mais elles ne baissent pas les bras, ni elles, ni personne. Rachel sait qu'elle pourra trouver chez Hélène un refuge, un havre si les choses tournent mal... mais pour combien de temps ? Une chape de paranoïa est tombée sur Paris, et pour rester lucide dans ce monde de fous, il faut en vouloir... Les enjeux grandissent jour après jour et Hélène a bien compris que le sort de la France est entre leurs mains. Quant aux rumeurs des batailles, Hélène les balaie d'un coup d'épaules : peu lui importe que les Allemands reculent, tant que les privations seront toujours un calvaire, la censure présente dans chaque aspect du quotidien, tant qu'une partie de la population sera discriminée, tant que les drapeaux abominables flotteront toujours fièrement dans la capitale, il n'y aura pas de victoire.

Hélène n'a pas souhaité retourner en province, comme sa soeur le lui a suggéré après l'attentat des jours derniers. Non. Hélène a son destin bien en main, et sa vie est ici. Sa place est à côté de ses concitoyens, au coeur du brasier. Elle sait les risques et les pièges. Elle sait que tout se monnaie, la confiance comme la loyauté, et veille sur les membres de l'Atelier et du Réveil comme jamais. Chez cette jeune femme à peine adulte est né le désir de survivre et de lutter, par les mots et les lettres, contre l'humiliation et l'injustice, et elle compte bien mener son combat à terme.


D'ailleurs j'ai purement passé les jours mauvais,
Et je sais d'où je viens, si j'ignore où je vais.
L'orage des partis avec son vent de flamme
Sans en altérer l'onde a remué mon âme.
Rien d'immonde en mon coeur, pas de limon impur
Qui n'attendît qu'un vent pour en troubler l'azur !




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HÉLÈNE •• aux âmes bien nées la valeur n'attend point le nombre des années
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